22/11/2014

Douce région de mon cœur

 

mec.jpgParmi les luttes intestines, souvent dérisoires à nos yeux, qui agitent nos voisins d’outre-Jura, il y en a une qui me paraît totalement justifiée, celle qui oppose partisans et adversaires de leur délicate réforme territoriale. J’ai beau être un Européen convaincu (mieux, j’ose même me proclamer, dans mes moments d’exaltation mystique, citoyen du monde), je comprends qu’on soit accroché comme un morpion à son coin de terre et qu’on en refuse la plus infime modification. Et je le proclame, les mânes du général de Gaulle dussent-ils en souffrir, les nations sont obsolètes et l’Europe de demain sera celle des régions ou ne sera pas. Aimer sa région, c’est aimer sa terre en échappant au nationalisme et à ses dérives xénophobes. Aimer sa région, c’est pouvoir être patriote sans être chauvin, c’est aimer ses proches voisins sans détester les étrangers. Bon, évidemment, moi, je n’ai pas grand mérite à aimer ma région et ses habitants… Car, en toute objectivité, les rives du Léman, c’est quand même un coin sublime. Mais ce n’est pas pour cela que je vais mépriser ceux qui habitent les Franches-Montagnes ou le Tessin. Ils ont moins de chance que moi, c’est tout.
 
Surtout, ce week-end. Parce qu’en plus, cerise sur le gâteau, dans ma région, grâce à mes proches voisins, grâce à Stan, de Coppet, à Jo-Wilfried, de La Rippe, et à Gaël, de Trélex, je vais pouvoir couler des heures tranquilles et attendre serein dimanche soir en étant sûr de remporter la Coupe Davis, sans dépendre d’éventuelles douleurs dorsales récurrentes d’un joueur suisse allemand.
 
Jean-Charles Simon

08/11/2014

Plus belle fut la chute

Je tiens à rassurer enfin les innombrables lecteurs qui s’étaient affolés en constatant l’absence de cette chronique les deux derniers samedis: je ne fus pas victime d’une quelconque censure politique. Mais cédant à ce qui constitue la principale activité du retraité avec la visite chez le cardiologue, le voyage à l’étranger, j’ai réalisé un vieux rêve en me rendant au Zimbabwe pour contempler les chutes Victoria. J’ai pu ainsi rejouer in situ la scène mythique du sublime film de Lelouch, «Itinéraire d’un enfant gâté» en me prenant pour Belmondo. Celui de 1988, bien sûr, car j’espère qu’il me reste quelques mois avant d’envisager incarner le Bébel d’aujourd’hui.
 
Bon, il faut les mériter, ces sacrées chutes! Car, pour l’obtention d’un visa à la frontière, il faut s’armer d’une patience surhumaine. On sent que, par une lenteur calculée, le fonctionnaire local tente de vous faire payer les siècles de colonisation et les trente ans de dictature de Robert Mugabe, le grand ami de Jean Ziegler. A côté, un rendez-vous au Service des impôts du canton de Genève, c’est du nougat, pour vous dire…
 
Mais, l’épreuve passée, c’est sublime. Le spectacle dantesque de cette colossale masse d’eau disparaissant dans le précipice vous apprend à conjuguer le verbe «immense», comme disait le regretté Albert Urfer.
 
Note de la rédaction: Au moment où nous mettons sous presse, nous recevons un mot de Jean Ziegler, membre du Comité du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, qui tient, une fois de plus à préciser que Mugabe n’est pas du tout un grand ami, comme écrit plus haut, mais «une simple connaissance». Dont acte.

18/10/2014

On n’arrête ni le progrès ni les hooligans

 

sim0.pngIl y a bien longtemps, j’eus l’insigne honneur de croiser le fer avec Adolf Ogi lors d’une émission radiophonique. Le pétillant conseiller fédéral avait embouché une de ses trompettes favorites, celle du «football rédempteur», permettant à la jeunesse du monde de se confronter fraternellement, pour le bien de l’humanité.
 
Pour le faire bisquer, j’avais soutenu, au contraire, qu’il n’était surtout que le prétexte à rallumer la haine entre les peuples et que son seul avantage sur la guerre classique résidait en la modestie de son bilan mortifère. Bien sûr, j’avais un peu noirci le tableau, car, à part les jets de bananes sur des joueurs noirs, et quelques coups de boule vicieux, pour conforter mon opinion, je devais le plus souvent me contenter d’excités, un drapeau gribouillé au crayon gras sur leurs joues, guettant une caméra fugace pour exprimer leur chauvinisme imbécile aux yeux du monde.
 
Mais, mardi dernier, à Belgrade, lors du match Serbie-Albanie, la sottise a fait un sacré bond technologique lorsqu’un drone portant un drapeau de la Grande Albanie a survolé le terrain, provoquant rapidement une bagarre générale et l’arrêt du match. Bien sûr, ce genre d’action n’est accessible pour l’instant qu’à une élite (le frère d’un chef d’Etat, en l’occurrence), mais, j’en ai la foi, la démocratisation est en marche, et bientôt, nous aussi, nous aurons tous nos petits aéronefs armés de roquettes de précision, qui nous permettront rapidement d’éliminer nos adversaires, sans trop perdre du temps au stade, lieu mal famé, s’il en est.