24/01/2015

Humour et liberté d’expression

 

SEB_9799.jpgA la brûlante question d’actualité «qu’est-ce qu’avoir le sens de l’humour?» j’ai l’habitude de répondre que c’est simplement la faculté de pouvoir rire aux mêmes choses que moi. Hélas, par les temps qui courent, j’ai comme l’impression qu’un nombre grandissant d’individus en sont dépourvus.
 
Prenons un exemple au hasard. La couverture du dernier Charlie Hebdo, avec le monsieur barbu versant une larme et disant que tout était pardonné, si elle n’était pas totalement désopilante, m’a quand même arraché un sourire. Vous me direz que je ne suis pas musulman, ce qui doit être un avantage pour mieux apprécier la blague, si l’on en croit les innombrables réactions hostiles observées, de la Tchétchénie au Niger en passant par l’Egypte ou le Pakistan.
 
Alors, amis musulmans, je vous le dis, loin de moi l’idée de vouloir affaiblir vos respectables convictions, je comprends parfaitement que vous trouviez ce dessin scandaleux. Mais, je vous en conjure, vous pourriez quand même un peu lever le pied sur l’épineuse question du «blasphème». Est-ce que je monte à la Sallaz brûler la Radio chaque fois que je ne trouve pas drôle un sketch de «L’Agence», l’émission dominicale de La Première? Encore une fois, je ne vous juge pas, mais, déjà que les humoristes ont très vite tendance à vouloir nous donner des leçons et à virer au genre «commandeur des croyants» (si j’ose dire…), si vous continuez à réagir aussi spontanément à la première vanne balancée, ils risquent de se prendre en prime pour Che Guevara et Jean Moulin réunis.

17/01/2015

«Charlie», kilos de bravos en écho…

Jeudi dernier, je me suis levé de bon matin. C’était pour la bonne cause: je voulais moi aussi montrer mon amour de la démocratie, mon attachement indéfectible à la liberté d’expression et ma détermination à lutter contre le terrorisme barbare, tout en évitant comme la peste tout amalgame, bien entendu.

Bref, je voulais acheter, comme tout le monde, le Charlie Hebdo d’après le drame. A la vérité, comme tout le monde, ça faisait belle lurette que je ne le lisais plus. Précisément depuis sa disparition en 1981, date qui a coïncidé à peu près avec la fin de mon adolescence post-soixante-huitarde. Mais, suite aux événements tragiques de la semaine dernière, je trouvais que c’était la moindre des choses de joindre mon chagrin à celui de l’innombrable cohorte rendant un hommage posthume à ces véritables guides spirituels que furent pour moi Wolinski et Cabu, pour ne citer qu’eux (je connais moins les autres victimes).

Même s’ils n’en vendaient plus que dix mille en temps ordinaire et que celui-là sera tiré à cinq millions d’exemplaires, leur assassinat barbare est un trop lourd tribut à payer pour un simple redressement productif, fût-il au-delà des rêves les plus fous d’Arnaud Montebourg. Et il suffit de constater le ressac d’indignation provoqué par la simple présentation à la télévision de la nouvelle couverture pour se convaincre que l’issue du combat pour la laïcité est encore pour le moins incertaine.

J’ai visité quinze kiosques, pas un Charlie à vendre, tous réservés à leurs bons clients. Alors j’ai acheté Vigousse . A défaut de grives…

10/01/2015

Santé, conservation!

 

coulee.pngCe fut, de tout temps, non seulement le cri de ralliement des habitués des carnotzets, mais aussi, peut-être, la phrase la plus galvaudée depuis la première seconde de cette nouvelle année. Car, pour nous, la santé, bien sûr, c’était la clé du bonheur, paraît-il, bien avant l’amour, le jackpot de l’EuroMillions, ou même la victoire de Genève Servette sur Fribourg Gottéron. Mais, surtout, ça n’engageait à rien de la promettre même à des gens qu’on ne connaissait pas vraiment. Bref, à part quelques oncologues lucides et certains croque-morts stakhanovistes, c’est ce que tout le monde souhaitait machinalement. Tout le monde. Même Frank Van der Bleeken, après quelques hésitations, il est vrai… Rappelons que ce quinquagénaire, incarcéré depuis trois décennies, considérant que ses conditions de détention étaient inhumaines, avait obtenu de la Cour d’appel de Bruxelles d’être transféré dans un hôpital pour y être euthanasié. Après un long débat, la justice belge avait finalement accepté cette requête, mais, Frank Van der Bleeken, après mûre réflexion, avait fait machine arrière en renonçant finalement à son intéressant projet pour se contenter d’un simple transfert dans un autre pénitencier.
 
Il nous aura peut-être suffi d’une semaine d’horreur pour que nous changions de paradigme. Pour que nous prenions conscience que, même dans notre société douillette, la vie ne valait pas un sou, que la conserver pouvait être un implacable combat, bref, que cette aimable rengaine redevienne une ardente prière. Comme si nous étions de simples habitants de Kobané.
 
Jean-Charles Simon