14/02/2015

Moche coup à Moscou

 

mec.pngLes mânes du regretté Jean Bruce me pardonneront d’emprunter, pour cette modeste chronique, le titre fameux d’une des plus célèbres aventures de son héros, OSS 117, tant il me semble coller à notre actualité brûlante.
 
Ayant eu la grâce de faire partie de la génération des baby-boomers, j’ai toujours eu un rapport assez éloigné avec la guerre. Comme la lèpre ou le noma, c’était une calamité qui avait peu de probabilités de m’affecter personnellement, pensais-je.
 
Ainsi, par exemple, au Soudan du Sud, le seul pays en conflit que j’ai vraiment traversé, en visitant les hôpitaux de la Croix-Rouge, j’éprouvai une immense compassion pour les victimes, bien sûr, mais finalement peu d’angoisse personnelle.
 
Tout a changé cette semaine. Le ballet diplomatique autour de l’Ukraine m’a brusquement fait prendre conscience que la guerre pouvait désormais entrer dans le champ de nos possibles. Et, parallèlement, pour la première fois, j’ai le sentiment d’entrer dans l’Histoire. Or j’ai à peine accédé à ce nouveau statut que je me sens déjà gagné par la lâcheté de mes ancêtres.
 
Quand, le 30 septembre 1938, Edouard Daladier, après les Accords de Munich, où il avait été parfaitement floué par Hitler, atterrit à son retour au Bourget, il fut accueilli par une foule en liesse, le remerciant d’avoir sauvé la paix. Il murmura alors: «Les cons, s’ils savaient.»
Ainsi, la furieuse envie de me battre pour l’Ukraine semble déjà se dissoudre, comme la leur pour les Sudètes. Et, malgré la haute opinion que j’ai de moi-même, je me sens prêt à accepter, moi aussi, de passer pour un con.
 
Jean-Charles Simon

07/02/2015

Justice et morale

Je n’ai pas l’habitude de cracher dans la soupe. Aussi, je ne me permettrai pas de remettre en cause un quelconque de vos jugements, chers lecteurs fidèles et nourriciers! Mais il n’empêche que j’ai été légèrement surpris de lire mardi, dans ce respectable journal, que la plupart d’entre vous ne condamnaient pas DSK. Mieux encore, certains estimaient qu’il aurait fait un excellent président de la République. Bon, la question ne se pose plus, puisque à sa décharge, si j’ose en l’occurrence employer cette expression, il a lui-même déclaré avoir tourné la page de la politique. L’issue de ses péripéties judiciaires finalement nous importe peu. Car, que l’ancien directeur du FMI soit reconnu coupable de proxénétisme, même aggravé, ou qu’il ressorte du tribunal, faute de preuve, en simple «libertin», le seul procès à lui faire aurait été d’ordre moral, et le tribunal n’est pas gardien de l’ordre moral. Et puis, de toutes les façons, c’est trop tard. On ne tire pas sur une ambulance, fût-elle couverte de boue.
 
Mais, je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui, à l’époque, roulaient à ses côtés à la conquête du pouvoir, qui savaient tout, et que ça ne gênait pas du tout d’imaginer un détraqué sexuel devenir chef de l’Etat. Ce sont les mêmes qui occupent aujourd’hui les plus hautes fonctions et qui légifèrent doctement sur l’interdiction de la prostitution, proclament l’égalité entre les sexes et luttent contre les violences faites aux femmes.
 
Au bal des faux-culs de la politique, peu nombreux sont ceux qui font banquette. Et le pire, c’est qu’ils auraient bien tort d’avoir des scrupules. 

31/01/2015

«Timeo Danaos et dona ferentes»

 
C’est une des formules latines les plus réutilisées en littérature. Ainsi, Alphonse Allais en fit notamment un couple fameux dans un de ses contes (Dona Ferentès étant une beauté andalouse et Timeo Danaos, son amant) et Goscinny s’en servit sans modération dans «Astérix légionnaire».
SEB_0032.pngPour la petite frange de nos fidèles lecteurs qui, histoire de se détendre, n’auraient pas forcément, comme le sémillant Marc Bonnant, la charmante habitude de lire les Anciens dans le texte avant de s’endormir, et qui préfèrent regarder le «Juste prix» présenté par Lagaf, je rappellerai que cette phrase est tirée de l’Enéide. Son auteur, Virgile, la place dans la bouche d’un certain Laocoon, habitant de Troie qui voyait d’un œil suspicieux l’armée grecque, assiégeant sa cité, y introduire un étrange et gigantesque cheval en bois. En français, elle signifie en gros: «Je crains les Grecs, même ceux apportant des cadeaux.»
Or, depuis dimanche dernier, j’ai bien peur que bon nombre de citoyens européens, prenant connaissance de la victoire du parti Syriza et de la nomination d’Antonis Samaras au poste de premier ministre hellène, se mirent irrésistiblement à se prendre pour de modernes Laocoon.
En vérité, ces gens-là ont bien tort de s’inquiéter. Une nouvelle guerre de Troie n’aura pas lieu. Car les Grecs ne sont plus les conquérants de jadis, mais des sans ressources, ayant été un peu négligents sur le règlement des impôts, certes, mais désormais écrasés par l’austérité. Il n’y a aucun piège à craindre: le seul cadeau qu’ils désirent partager, c’est leur dette