07/03/2015

Du passé, faisons table rase

JCHSimon.pngDans la longue liste des exactions commises par les fanatiques du califat islamique autoproclamé, il est bien délicat d’établir un hit-parade de l’horreur, vous en conviendrez. Tortures diverses et variées, décapitations d’otages, assassinats d’enfants, amorce génocidaire de la population copte, otage brûlé vif, tous ces forfaits mériteraient largement la première place de l’abjection.

Pourtant, si je devais donner mon avis, je me demande si je n’aurais pas un petit faible pour le saccage du Musée de Mossoul ou celui, plus récent, de Nimroud. Bien sûr, dans ces cas, il n’y a pas mort d’homme, me direz-vous, ce ne sont que des statues qui ont été massacrées. Mais, comme les médias nous ont complaisamment montré leur action dans la durée, et non pas une vague image floutée comme dans les autres occasions, cela nous a permis de nous forger une opinion sur l’abyssale sottise des terroristes, qui semble s’ajouter à leur totale bestialité.

J’en parlais à un voisin, qui s’étonna alors poliment de ma violente indignation face à cette destruction de vestiges historiques, venant de l’habitant que je suis d’un village, où un spéculateur bétonne dans l’indifférence générale une nécropole et une voie romaines, pour bâtir quelques HLM hideuses.

Cette remarque me cloua le bec un instant, je l’avoue. Je finis par bredouiller que, dans le cas de Domdidier, ces destructions ne sont pas idéologiques, mais uniquement dictées par le pognon. «Faut quand même pas mélanger, Daech et promotion immobilière.» Après réflexion, je ne suis pas persuadé que ma réponse tienne totalement la route.

28/02/2015

E la nave va…

 

Maintenant, je peuxSIMON.png vous le dire, j’attendais le nouveau numéro de Charlie Hebdo avec une sacrée impatience, certes, mais aussi avec une grande inquiétude. Les survivants allaient-ils oser poursuivre la provocation héroïque, mais potentiellement suicidaire ou faire une pause dans leur lutte contre l’islamo-fascisme, pour reprendre une formule de Manuel Valls?

Un simple coup d’œil sur la nouvelle couverture me rassura pleinement: on y voit Charlie poursuivi par une meute dans laquelle on reconnaît le pape, Marine Le Pen, des banquiers, BFM TV, Sarkozy et, folle audace, un chien noir avec une kalachnikov dans la gueule. Ouf! Avec de tels adversaires désignés, le nombre d’ambassades de France saccagées devrait diminuer et nos dessinateurs bien-aimés espérer survivre au moins une semaine dans leur bunker. Bien sûr, nous qui sommes à l’abri des représailles, nous ne pouvons nous empêcher d’être un peu déçus du choix de leurs cibles… C’est un peu comme si Renaud Lavillenie se contentait désormais de sauter la haie du jardin…

D’ailleurs, pour eux, le vrai danger vient peut-être d’ailleurs. Car Charlie est devenu une somptueuse affaire et nos amis, de sacrés nantis. Dans le landerneau médiatique, un journal à l’avenir financier assuré, ça ne court pas les rues, et ça a de quoi attiser la jalousie, féroce dans la profession, paraît-il…
Ou alors… Une idée horrible traverse brusquement mon esprit: et si ça donnait des envies à d’autres groupes de presse, afin d’améliorer leur bilan? Bon, c’est décidé, même modeste chroniqueur, je fonce acheter un gilet pare-balles, on ne sait jamais.

21/02/2015

Prises de bec postprandiales

 

Aussi longtemps que je me souvienne, pour que des agapes familiales puissent être considérées comme vraiment réussies, elles devaient obligatoirement être suivies, au pousse-café, de discussions homériques, débouchant sur de violentes engueulades, puis sur des ruptures brutales et définitives, au moins jusqu’au baptême suivant.
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Parmi les thèmes des plus mémorables de ces joutes verbales, je citerai pêle-mêle les Accords d’Evian, Mai 68, l’affaire Markovic, la fille cachée de Mitterrand, le mari d’Elisabeth Kopp, l’Expo.02 et, plus récemment, l’achat des Gripen, le scandale Giroud et les frasques de DSK. Les sujets étaient fort variés, on le voit, mais, malgré la mauvaise foi de rigueur dans cet exercice, je ne me souviens pas qu’on y ait jamais fait l’apologie de l’insoutenable. Enfin, jusqu’à la semaine dernière. Car, à l’issue d’une banale controverse entre «zemmouriens» et «anti-zemmouriens» à propos du «Suicide français» (que personne n’avait d’ailleurs vraiment lu), le débat versa très vite dans l’antisémitisme le plus virulent.
 
Je me crus brusquement transporté un bon siècle plus tôt, au milieu de l’affaire Dreyfus. A une différence près. Car, à l’époque du malheureux capitaine, l’antisémitisme était en principe réservé à la droite, la gauche étant dreyfusarde. Aujourd’hui, la chose est brouillée par la notion nouvelle de l’islamophobie. Comme si, pour y échapper, avouer son antisémitisme était une façon ultime de démontrer son progressisme.
Hélas, avec le temps, la connerie ne se dilue pas, elle se complexifie.