14/09/2013

Plongeon dans l’inconnu

Ainsi donc, en plein milieu de l’été, j’ai été brusquement frappé par ce mal incurable appelé pudiquement «limite d’âge». J’ai basculé dans un nouveau monde, celui enchanté, paraît-il, de la retraite et passé du même coup de l’état de salarié à celui de pensionné. Pour quelqu’un comme moi, qui ai eu l’immense privilège de ne jamais connaître le chômage, c’est une véritable révolution copernicienne. C’est la raison pour laquelle la direction éclairée de cet estimable quotidien a pensé me demander chaque samedi de concilier mes sentiments dans une chronique susceptible de fédérer l’ensemble de ses nombrables lecteurs, en rappelant quelques souvenirs amusés à ceux qui ont déjà digéré ce traumatisme et pouvant servir de modestes notions d’apprentissage aux autres, innocents naïfs qui n’y songent même pas encore.

A la vérité, pour moi, il est encore un peu tôt pour savoir si ce changement est oui ou non véritablement un traumatisme, même si le passage fut assez brutal. En effet, trois jours pile-poil après mon «plongeon dans l’inconnu», je ressentis d’épisodiques, mais violentes douleurs dans les deux bras, douleurs montant jusqu’à la nuque et parfaitement insupportables. Je me traînai jusque chez mon médecin traitant, heureusement voisin, qui n’hésita pas longtemps, appela une ambulance, et je partis toute sirène hurlante jusqu’à l’Hôpital cantonal, où une opération en urgence permit de réparer rapidement deux rétré-cissements conséquents du coronaire droit. C’est alors que je compris que je méritais parfaitement mon nouveau statut. Car, comme dirait notre grand penseur Jacques Séguéla: «Aujourd’hui, si, à 65 ans, t’as pas ton stent, t’as raté ta vie.»

29/06/2013

Hommage aux comités Théodule

Depuis septembre dernier, cette chronique se voulait être le prolongement d’une émission hebdomadaire éponyme sur la Première. C’est le dernier numéro prévu, ce qui tombe finalement bien puisque demain sera diffusée (mais est-ce vraiment une coïncidence?) la dernière de «Somme toute», qui sera aussi mon ultime intrusion radiophonique. Aussi, pour souligner cette échéance marquante, sinon de la RTS, du moins plus modestement de ma vie personnelle, j’aimerais rendre hommage à ceux sans qui le métier de «radionaute», pour reprendre l’expression favorite d’un grand serviteur de la radio en Suisse romande, Jacques Donzel, n’aurait aucune légitimité, j’ai nommé les auditeurs.


Longtemps, les passionnés de radio se contentèrent de l’écouter, seuls ou en famille, fascinés par l’œil vert d’un poste à la sonorité nasillarde et généralement recouvert d’un napperon de dentelle. Puis on eut l’idée de récompenser leur fidélité; on inventa, histoire de les fédérer, le Club des amis de la radio, à Genève comme à Lausanne, et on leur octroya le privilège incroyable de pouvoir assister à l’enregistrement des concerts d’André Claveau. Enfin en 1980, on créa les sociétés cantonales des auditeurs (SRT), qui obtinrent un rôle consultatif dans différents organismes de direction. C’est ainsi que ces auditeurs distingués purent donner leurs avis sincères, certes, mais souvent parfaitement inutiles sur les programmes. On atteint ainsi d’un coup les limites de la participation citoyenne. Je suis membre du programme de fidélité «Miles & More» de Swiss, mais il ne me viendrait pas à l’esprit de prodiguer des conseils de pilotage aux membres des équipages Airbus. Somme toute…

22/06/2013

Va, je ne te hais point («Le Cid», III, 4)

 
Les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, à la minute où j’écris ces quelques lignes, ne sont pas rassurantes, ce serait ridicule de le prétendre, mais ne sont pas immédiatement alarmantes. Le vieux lutteur fait une fois de plus la preuve de sa pugnacité. Hélas, son combat l’oppose désormais, à une adversaire réputée invincible. Alors, si, en Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît, que pourra-t-on dire à l’heure de sa disparition probable, sinon prochaine?

Pour «Somme toute», j’avais rencontré, au courant du mois d’octobre, Jacques Moreillon, ancien directeur général du CICR, qui avait plusieurs fois rendu visite à Nelson Mandela dans sa prison de Robben Island. Il nous avait confié alors que le trait de la personnalité de Mandela qui l’avait peut-être le plus impressionné, c’était son absence totale de haine envers ses adversaires. Cette attitude admirable est rarissime, car ce qui devrait pourtant constituer l’évidente différence entre le militant de base et tout homme d’Etat qui se respecte, ne constitue pas la vertu cardinale de tous les dirigeants.

En tout cas, c’est ce qui permit à l’Afrique du Sud d’échapper, jusqu’à présent, au bain de sang généralisé. Mais, l’équilibre est fragile, et l’on peut nourrir quelques soucis pour l’après- Mandela, la haine couve peut-être toujours sous la cendre. Nul n’a notamment oublié les déclarations tonitruantes de celle qui fut son épouse pendant trente-huit ans, Winnie Madikizela Mandela («Un Boer, une balle» ou «avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays»). L’avenir est sombre… Le génie politique et la hauteur de vue ne sont ni héréditaires, ni sexuellement transmissibles.

09:41 Publié dans Blog | Tags : matin, invite | Lien permanent | Commentaires (0)