05/10/2013

Bienvenue au club!

 A vrai dire, je n’ai jamais été très «club». Je me suis toujours refusé à rejoindre le Lion’s, le Rotary, ou le Guillon, les Francs-maçons, les Amateurs du cigare ou même de l’andouillette AAAAA. Notez que je n’ai pas un immense mérite, vu qu’on ne m’a jamais sollicité pour en faire partie. N’empêche, je suis un peu comme Groucho Marx: je ne saurais considérer un club qui m’accepterait comme membre. Les seules exceptions furent les différents golfs que, au cours de mon nomadisme domiciliaire, je dus fréquenter momentanément pour exercer cette dispendieuse activité de plein air.


C’est donc avec une certaine surprise que j’ai appris que, depuis quelques semaines, et quasi à l’insu de mon plein gré, pour reprendre la formule célèbre, j’avais rejoint un club en pleine expansion, celui pudiquement appelé des «Seniors». Et j’ai bien peur qu’il ne s’agisse aussi d’une sorte de club-service.


En effet, le thème du débat auquel j’eus le plaisir de participer l’autre soir à Morges, dans le cadre du Salon «Connect Seniors», était intitulé «De la nécessité du bénévolat?» Or, la conclusion à laquelle nous arrivâmes est que le bénévolat est non seulement indispensable au bon fonctionnement de la société, ce que je subodorais déjà, mais aussi pour le confort psychique du retraité, en lui donnant en quelque sorte un nouveau statut d’utilité citoyenne.

28/09/2013

Vœux pieux

Après un mois d’expérience de jeune retraité, si j’ose cet oxymore, la principale constatation que j’ai faite, c’est l’étrange élan de sympathie chez les gens qui sont au courant de cet événement très personnel.
 
Et, à cause de l’important tirage du journal qui abrite désormais cette modeste chronique, ils sont fort nombreux. Il ne se passe pas une visite au supermarché voisin (désormais ma principale activité mondaine) sans qu’un, voire plusieurs quidams souriants se précipitent sur moi, la main tendue, pour me souhaiter une «bonne nouvelle vie». Et ils ajoutent généralement: «Je suis sûr que vous avez encore plein de projets!»
 
L’histrion qui sommeille toujours en moi est évidemment heureux comme un pape François de rencontrer ce regain de popularité, aussi subit qu’imprévu, et je déguste goulûment cette jolie preuve d’amicalité, qui coule dans mes oreilles comme le Château Yquem 1904 dans le gosier de l’œnologue averti. Ils ont raison, bien sûr, je suis prêt à affronter tous les nouveaux défis…
 
«On a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux...» Hélas, très vite, le soufflé retombe un peu. «Vous avez encore plein de projets! Bien sûr…» Mais, les projets sont comme les gisements pétrolifères, ça aurait plutôt tendance à se raréfier avec le temps. «Le champ des possibles rétrécit inéluctablement», comme dit mon voisin agriculteur. Alors, en entendant tous ces vœux pieux, je ne peux pas tout à fait m’empêcher de penser au type souhaitant un prompt rétablissement à un ami hospitalisé dans un service de soins palliatifs.

21/09/2013

Quand la jeunesse rêve de retraite

Je l’avoue, les luttes sociétales en France, le cher pays de mon enfance bercée de tendre insouciance et que j’ai gardé dans mon cœur, me passionnent. J’avais apprécié l’âpre débat du mariage homo, je déguste en connaisseur, parce que le sujet me concerne peut-être de plus près, le combat héroïque des syndicats contre la réforme des retraites et plus précisément celui des bénéficiaires de régimes dits spéciaux, hurlant à la mort à l’idée qu’on puisse toucher à leurs avantages. On a beau leur répéter que les choses ont un peu changé depuis 1937, ne serait-ce que la durée de vie, rien n’y fait, et la pauvreté de leur argumentation n’a d‘égale que la rigidité de leur position. Normal, on lutte pour l’égalité surtout pour l’obtenir, beaucoup moins pour la partager.

Mais quand j’entendis le président du syndicat étudiant annoncer que l’Unef allait se joindre à la lutte, parce qu’il était exclu pour ses troupes d’accepter d’allonger la durée de leurs cotisations, les bras me tombèrent des cuisses. Voilà donc la future élite de la nation, ayant reçu la grâce de suivre des études supérieures pour espérer exercer un métier choisi, privilège toujours exorbitant à notre époque, qui considère comme but suprême le moment où elle pourra cesser toute activité.

De deux choses l’une, soit, hypothèse absurde mais non nulle, ce sont des petits cons, soit l’université n’est plus le lieu merveilleux du développement des têtes bien faites, gage d’une vie multiple et épanouissante, mais n’est devenue qu’une médiocre école professionnelle, incapable de juguler le fléau de la précarité. Pour l’avenir de nos sociétés, prions pour la première solution.