14/12/2013

Blues dominical

SEB_5923.jpgLe débat sur le travail dominical me passionne. Il oppose les consommateurs compulsifs, qui ne supportent pas qu’on les empêche d’acheter leur canapé cuir à la minute où ils en ont envie, à une coalition hétérogène de chrétiens pur sucre et d’une partie du peuple de gauche, pourtant farouchement laïc, qui devrait donc se réjouir que les gens fassent du shopping, plutôt que d’aller en Son Temple, adorer l‘Eternel, mais qui redoute la moindre entaille portée aux acquis sociaux.

Lors de mon long parcours, j’ai moi-même été souvent de service le dimanche, sans que j’en puisse rendre en rien responsable des différents échecs de ma vie familiale ou sociale. Mais jamais le dimanche soir. Car, ce jour-là, à l’arrivée du crépuscule, je suis saisi, comme beaucoup je pense, d’un tel spleen qu’il faudrait l’intervention de la Gestapo pour m’obliger à sortir de chez moi. Le dimanche soir, c’est le triomphe du cocooning, cric crac, on s’enferme bien au chaud, on mange une fondue en regardant Zorro sur France 3, loin des méchants, du vent mauvais et des «lou-ou-oups» qui ont non seulement envahi Paris, mais aussi notre espace quotidien. Je suis d’ailleurs persuadé qu’une grande part de la popularité du GSsA vient du fait qu’on oblige les soldats à rejoindre leur caserne le dimanche soir. J’avais très peur que le passage à la retraite efface le bonheur de ce moment si particulier. Il n’en est rien, le blues dominical est si profondément fiché dans notre cerveau reptilien, que son intensité reste intacte, même quand tous les jours sont devenus des dimanches.

23/11/2013

Tu quoque mi fili!

 

 
 
 
Sébastien AnexLongtemps, mon plus grand regret fut celui de ne rien pouvoir transmettre à mes fils. A part, bien sûr, mon château en Sologne, mon riad à Marrakech, mon Falcon 2000, ma collection de tableaux de Jérôme Rudin et ces valeurs, fondamentales pour moi, homme de gauche, que sont la simplicité et le sens du partage.
 
Quand je dis «ne rien transmettre», rien de ma modeste expérience professionnelle, puisque celui de 7 ans a décidé d’embrasser la carrière de fromager et celui de 5 a fermement l’idée de devenir, selon son expression, «vétérinaire pour hommes».
 
Je nous rêvais déjà tous les trois, triomphant ensemble sur les planches. A défaut, j’aurais au moins aimé les faire rentrer à la radio. C’était d’autant plus rageant que le népotisme n’a jamais été le fléau combattu prioritairement au sein de cette entreprise.
 
Puis j’ai fini par me convaincre qu’il est plus simple de voir sa progéniture emprunter d’autres voies. Grâce à Guy Bedos, figurez-vous. Car, voilà un homme qui toute sa vie a tenté courageusement de concilier l’inconciliable, l’humour et le militantisme. Son fils Nicolas débarque sur la scène, plus drôle et beaucoup plus télégénique, et le père, dans son spectacle, se sent obligé de verser dans l’insulte la plus vulgaire pour tenter de régater encore un instant médiatiquement.
 
Depuis, il s’est excusé de ce dérapage, mais, quand un humoriste est obligé de préciser que ses propos sont pour rire, il y a un sacré lézard. Le dernier tour de piste d’un vieux clown est souvent de trop. Surtout quand il a engendré Brutus.

09/11/2013

De la fumée sans feu

New_JeanCharleSiomon.jpg Mes premiers contacts avec le tabac datent de ma prime enfance. Grâce à ma tante Jeannine, qui, dans son Opel Olympia, fumait comme un haut fourneau des Players au paquet bleu ciel. A l’époque, hélas, la fumée passive n’existait pas encore, sinon pratiquement toute la génération des «baby-boomers» eût été éradiquée, et la pérennité de l’AVS serait assurée pour un bon moment. Ensuite, il y eut la Virginie qu’on fumait en cachette dans la grange. Là encore, le danger du cancer semblait infiniment moins probable que celui de mourir carbonisé dans l’incendie du bâtiment bourré de foin. Puis Mai 68 arriva, et, avec lui, la Pall Mall rouge, souvent mélangée à des produits moins nocifs que le tabac, tous les partisans de leur légalisation vous le diront.

Quelques années plus tard, j’arrêtai carrément d’acheter des cigarettes et me consacrai à fumer celles des autres. Pas uniquement par pingrerie, mais parce qu’ainsi je diminuai drastiquement ma consommation quotidienne. Cette situation perdura jusqu’à l’été dernier, où je cessai complètement de fumer. Pour deux raisons: d’abord, parce qu’ayant avoué à mon cardiologue cette innocente pratique, il me regarda avec les yeux du juge d’instruction recevant les premiers aveux de Marc Dutroux et, surtout, parce que tous mes copains fumeurs se sont mis à la cigarette électronique. Ils sucent désormais voluptueusement une espèce de stylo distillant de la vapeur aromatisée à la cannelle. Et une cigarette électronique, c’est comme une brosse à dents, ça ne se prête pas. Aujourd’hui, Denis Papin a enterré Jean Nicot et la fumée ne tue plus. Le ridicule non plus.