01/03/2014

La beauté de la jeunesse du monde

SEB_5851.jpgCloué sur un lit de douleur et peu sensible au Tramal, j’ai, pour seule activité intellectuelle de cette dernière quinzaine, ingurgité toutes les retransmissions télévisuelles de Sotchi, à raison d’une douzaine d’heures par jour. C’est une expérience que je ne souhaite à personne, mais qui m’a permis au moins de changer d’avis sur les JO. Avant, je trouvais que leur seule véritable utilité était de servir d’ersatz à la guerre, en canalisant fugacement le chauvinisme stupide et la haine de l’autre. Le résultat n’était pas négligeable, bien sûr, mais, pour l’obtenir, il avait fallu se prosterner devant les potentats et oublier, pêle-mêle, la corruption, le gaspillage financier, les saccages écologiques et les droits de l’homme.

Et je découvris avec ravissement, grâce à de nouvelles disciplines, comme le skicross ou le halfpipe, une bande cosmopolite de jeunes gens, habillés comme l’as de pique, qui heureux d’être là, médaille ou pas médaille, simplement heureux de participer, aurait dit feu le baron de Coubertin. Bref, à mille milles de ces images traditionnelles de sportifs après l’effort, héros intouchables entrant au Panthéon ou victimes expiatoires au bord du suicide, suivant le résultat.
Cependant, si j’étais membre du CIO (ce qui ne saurait sans doute tarder, étant donné mon intérêt affiché pour cet aréopage), je ne me réjouirais pas trop vite de ce retour imprévu aux sources de l’olympisme. Car, dans l’avenir, je vois peu de pays désireux d’allonger 37 milliards d’euros pour uniquement permettre à une bande d’allumés de s’envoyer en l’air.

22/02/2014

Thèse, antithèse, prothèse

 

 
simom.jpgIl y a deux semaines, dans cette modeste chronique, j’avais commis une ode vibrante au progrès médical. Aujourd’hui, je puis vous l’avouer, certes, mon admiration était sincère, mais c’était aussi pour mettre le maximum de chances de mon côté en flattant les chirurgiens en général, et le mien en particulier. Car, ça y est, c’est fait, sous l’amicale pression d’amis déjà passés par-là, j’ai sauté le pas, je me suis fait poser un genou en titane ou en platine iridié, je ne sais plus. Quand je dis «j’ai sauté le pas», c’est une expression, bien sûr, trois jours après l’opération, le pas est encore hésitant et le saut, un vœu lointain. Mais j’ai bon espoir, car mon physio est si fier de moi qu’il m’exhibe dans les couloirs de la clinique, histoire de faire bisquer les autres patients. J’ai beaucoup hésité avant de me faire charcuter. Bien sûr, grâce à ça, je suis sûr que je pourrai désormais marcher vingt ans sans douleur. Mais une prothèse, c’est comme la poudre qui pète qu’une fois, vaut mieux choisir le bon moment. Après réflexion, j’ai pensé que c’était justement le bon moment. Et, le pire, j’ai vraisemblablement raison.
 
Dans notre existence, il nous faut toujours des événements heureux ou malheureux, comme autant de jalons, pour prendre vraiment conscience du temps qui passe. La retraite, un petit-fils qui naît, un copain qui meurt… L’étau se resserre…
 
Mais c’était la première fois que, objectivement, je devais me rendre froidement à l’évidence: un bout de métal garanti vingt ans devrait, selon toute vraisemblance, suffire à mon bonheur.

15/02/2014

Les conséquences perverses du clopet

JCHS.jpgLongtemps, non seulement je me suis couché de bonne heure, mais je m’endormais à la seconde comme un loir. Et c’était sans crainte que je pouvais faire mienne la phrase favorite d’un ami très cher: «Ce qu’il y a de plus profond en moi, c’est le sommeil.»

Mais, depuis quelques mois, inutile de le cacher, je cherche le sommeil. La preuve, je peux même regarder un épisode de «Dr House» jusqu’à la fin sans sombrer dans un sommeil cauchemardesque, rempli de victimes de maladies orphelines. Pire, il m’arrive même de me réveiller, à 2 heures du matin, sans raisons véritables. Que l’on souffre d’angoisses nocturnes à l’approche d’un entretien d’embauche, d’un premier rendez-vous ou d’un examen de matu, je peux comprendre, mais qu’elles me saisissent au moment même où mon seul contrôle délicat, désormais, est celui de ma glycémie, c’est particulièrement sot, on en conviendra.

Un affreux doute me saisit: et si ces insomnies incongrues étaient la conséquence perverse d’une des pratiques favorites des retraités, seul sport de mon existence pour lequel je semble très doué, la sieste postprandiale? Je serais alors confronté à un terrible dilemme: être condamné à attendre l’aube livide en regardant les passionnantes émissions de TF1 sur la chasse au sanglier, ou renoncer l’après-midi à «cette espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement», comme l’a si bien écrit Baudelaire.

Et moi qui me croyais arrivé à un âge enfin exempt de choix cornéliens…