19/04/2014

Souvenirs et volutes

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai un très cher ami qui est administrateur d’un EMS. Vous pensez si je cultive avec soin cette relation, car on n’insulte pas l’avenir. L’autre jour, il me confia sous le sceau du secret une préoccupation qu’en bon journaliste je m’empresse de vous répéter. Il se trouve que deux de ses résidents avaient été surpris par la fille d’une codétenue en train de savourer une cigarette postprandiale dans le fond de la salle à manger. Scandale absolu!

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Les ayatollahs antitabagiques aussitôt alertés. Bien que le législateur se fût montré flou sur l’interdiction formelle d’un tel délit, considérant peut-être que le cancer du poumon engendré par une trop longue exposition à la fumée passive ne constituait pas vraiment la cause principale de mortalité dans un tel lieu, mon ami se préparait déjà à devoir construire un fumoir étanche à grands frais. Il ne pouvait en effet se résoudre à exiger des délinquants qu’ils aillent, à leur âge canonique, accomplir leur forfait en pleine bise. Quelques instants plus tard, le hasard, à supposer qu’il existât, me fit tomber sur un article relatant une étude de l’Université de Mexico, révélant que la nicotine, favorisant la transmission des influx nerveux dans les régions neuronales de la mémoire, serait sans doute le meilleur médicament contre la maladie d’Alzheimer.
J’ai téléphoné immédiatement à mon ami pour lui conseiller de ralentir les travaux, histoire d’attendre la prochaine directive officielle ordonnant la cibiche obligatoire pour tous, du moins, en cas de rupture de stock en patches.

12/04/2014

«Entre ici, comme dans un moulin…»

 

blabla2.jpgPlus l’âge avance, plus l’apparente ironie que je montre face aux porteurs de décoration cache une effroyable frustration. Bien sûr, objectivement, mes hauts faits pour l’obtention de la moindre breloque ne sont pas légion, si j’ose dire. Mais, plus je répète la fameuse phrase d’Erik Satie: «Il ne sert à rien de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il ne pas la mériter», plus l’amertume me gagne en contemplant des clampins de mon âge arborant une rosette prétentieuse sur le revers de leur veste, sans meilleure justification valable pour son obtention.

Et ne voilà-t-il pas, miracle, que l’occasion unique s’est présentée pour rattraper ce retard honorifique et boucher un coin à tous ces cuistres. En entrant au Panthéon, excusez du peu. En effet, le célèbre monument étant bien moins récent, mais tout aussi délabré que le Théâtre de Carouge, la Direction des monuments nationaux français a eu l’idée de confier à l’artiste JR le soin de s’occuper de la bâche devant recouvrir l’édifice pendant les dix ans de travaux de rénovation, en la «décorant» d’une mosaïque de portraits photographiques d’anonymes, récoltés çà et là en France et en Navarre.
 
Pendant dix ans, rendez-vous compte, c’est drôlement mieux que le quart d’heure promis par Andy Warhol. J’ai pourtant renoncé à participer au casting. La gloire, oui, la promiscuité, non. N’en déplaise à Victor Hugo, à Marie Curie et consorts, je choisis encore d’attendre, avant éventuellement de les rejoindre. Et, qui sait, ma légendaire modestie oblige, si je ne préférerai même pas, un jour, postuler à la succession du Soldat inconnu.
 
Jean-Charles Simon

05/04/2014

«Va t’en doucement, c’est plus bon»

Une fois n’est pas coutume, je me sens obligé d’expliquer à la génération montante, socle majoritaire du lectorat de cet estimé quotidien, le sens du titre de ce billet. Il s’agit en effet d’une habile paraphrase d’un tube, chef-d’œuvre de la chanson française, sorti en 1999 par Hugues Aufray, intitulé «Va doucement, c’est tout bon», dans lequel il rendait hommage à Jean-Claude Killy.

Personnellement, J’ai toujours eu une immense admiration pour le triple médaillé de Grenoble. Il y a quelques années, j’ai même eu le privilège, le temps d’un vol Paris-Genève, le hasard m’ayant placé sur le siège voisin du sien, de bavarder avec lui du projet de Jeux olympiques rêvés, à l’époque, par quelques apparatchiks lausannois. Ça crée des liens.

Cela dit, la nouvelle de son départ du CIO m’a d’abord surpris, ce genre de démission étant rarissime. Je croyais que membre du CIO, comme académicien, président de l’UEFA ou du Zimbabwe, c’était au moins à vie, même ceux convaincus de corruption s’accrochant à leur siège comme des poux. Alors, maintenant, si le job se révèle aussi temporaire que celui de pape, tout s’écroule!

Mais, après avoir pris connaissance des raisons de sa décision, j’ai mieux compris. Killy arrête parce que après Sotchi, dit-il, il a l’impression qu’il lui sera «impossible de retrouver, à son âge, quelque chose d’aussi riche, d’aussi excitant». Effectivement, si les JO de Poutine représentent pour lui le sommet de l’idéal olympique, il est grand temps de dételer.

Ou peut-être, de rejoindre Sepp Blatter pour l’organisation de la Coupe du monde au Qatar…