10/05/2014

Les raisins encore verts de la colère

simom.jpg

Il faut que je me fasse une raison, l’armure marmoréenne, façon Marc Aurèle que je m’efforce d’endosser pour traverser désormais les aléas de la vie, présente encore quelques failles: il m’arrive encore de perdre bêtement mon sang-froid.

Ainsi, l’autre jour, la commune qui a la joie de me compter parmi ses citoyens, organisait, comme chaque année, une course pédestre, la bien nommée «Foulée dideraine», qui entraîne dans une folle farandole tout ce que la population compte d’ingambes.
 
Mon exemption médicale bien en vue, je me contentais de participer à la fête en applaudissant à tout rompre les athlètes locaux passant devant ma gentilhommière, lorsque j’avisai une voiture qui semblait vouloir braver l’interdiction temporaire de circuler sur le chemin de la course, et cela malgré des avertissements répétés des passants.
 
Une étrange bouffée de colère m’envahit brusquement. Alors que, je le jure, je ne souffre d’aucune vocation rentrée de flic, je m’avançai vers le véhicule, et m’entendis bientôt invectiver le conducteur en tapant comme un sourd sur sa carrosserie rutilante. Seule la réaction de mon épouse effarée me fit comprendre, non seulement le ridicule, mais aussi le risque de cabosser le seul signe extérieur de richesse du représentant d’une jeunesse volontiers ombrageuse, sinon laborieuse. Je rompis alors le combat, et m’enfuis, abandonnant les émules de Zátopek à leur sort périlleux.
 
Mais, curieusement, la honte de mon stupide comportement se mélangea bientôt à une indicible satisfaction, celle que je pouvais encore à mon âge me mettre en rage pour une peccadille.

Les raisins encore verts de la colère

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Il faut que je me fasse une raison, l’armure marmoréenne, façon Marc Aurèle que je m’efforce d’endosser pour traverser désormais les aléas de la vie, présente encore quelques failles: il m’arrive encore de perdre bêtement mon sang-froid.

Ainsi, l’autre jour, la commune qui a la joie de me compter parmi ses citoyens, organisait, comme chaque année, une course pédestre, la bien nommée «Foulée dideraine», qui entraîne dans une folle farandole tout ce que la population compte d’ingambes.
 
Mon exemption médicale bien en vue, je me contentais de participer à la fête en applaudissant à tout rompre les athlètes locaux passant devant ma gentilhommière, lorsque j’avisai une voiture qui semblait vouloir braver l’interdiction temporaire de circuler sur le chemin de la course, et cela malgré des avertissements répétés des passants.
 
Une étrange bouffée de colère m’envahit brusquement. Alors que, je le jure, je ne souffre d’aucune vocation rentrée de flic, je m’avançai vers le véhicule, et m’entendis bientôt invectiver le conducteur en tapant comme un sourd sur sa carrosserie rutilante. Seule la réaction de mon épouse effarée me fit comprendre, non seulement le ridicule, mais aussi le risque de cabosser le seul signe extérieur de richesse du représentant d’une jeunesse volontiers ombrageuse, sinon laborieuse. Je rompis alors le combat, et m’enfuis, abandonnant les émules de Zátopek à leur sort périlleux.
 
Mais, curieusement, la honte de mon stupide comportement se mélangea bientôt à une indicible satisfaction, celle que je pouvais encore à mon âge me mettre en rage pour une peccadille.

26/04/2014

Brusque baisse de flamme

Simon.jpgUne terrible angoisse existentielle me saisit l’autre week-end. Une de ces angoisses qui semblent indubitablement être la trace du temps qui passe et de la décrépitude qui menace: j’ai brusquement eu un sentiment de lassitude envers le sport.

 
Attention, je ne parle pas d’un sport pratiqué. Il y a belle lurette que j’ai renoncé à toute ambition dans ce domaine. Et je ne parle même pas du récit de mes exploits passés, mille fois répétés devant un auditoire haletant, comme ce drive mythique sur le 9 du Blue Monster du Doral Contry Club de Miami, réalisé, un beau jour de 1978, avec un vulgaire Persimmon Ping d’époque.
 
Non, je parle d’une profonde lassitude ressentie brusquement sur mon divan, lors d’une retransmission à la télé! Moi qui me croyais jusque-là insatiable, au point de dévorer jusqu’au moindre tournoi d’haltérophilie féminine ou de boules anglaises, je me mettais à chipoter. Cela commença avec la finale de hockey entre Zurichois, puis ce fut le Grand Prix de Chine de tondeuses à gazon, le dimanche matin, et l’ennui culmina avec la finale du tournoi de Monte-Carlo, Federer -  Wawrinka.
 
Là, je ressentis la même impression que quand mes deux fils jouent au ballon. C’était attendrissant, sans plus. Après réflexion, je compris que le statut de téléspectateur sportif nécessite obligatoirement une dose minimale de chauvinisme. Je fus alors totalement rassuré: ce n’est pas la sénilité précoce qui m’avait fait perdre le goût du sport, c’était le sport qui était devenu insipide.
 
Inutile de dire que j’ai fait l’impasse sur la finale de Coupe de Suisse du lundi de Pâques.