13/09/2014

Le quai des rossignols

SEB_0074.jpgÇa y est! Je sais enfin ce que je veux faire quand je serai grand. Vous me direz que c’est le moment… Vous avez raison, j’ai longtemps hésité. Mais ce n’est pas facile de choisir quand on est doué pour presque tout.
 
J’avais déjà renoncé à la carrière de pilote de F/A-18 pour cause de myopie, aux sports de combat par peur des coups, au théâtre subventionné par amour du public, à la politique après avoir élu Pascal Couchepin conseiller fédéral, à la radio sans même attendre une baisse des sondages, et, avec le temps, le champ des possibles rétrécissait.
 
Mais, depuis dimanche dernier et mon passage sur les quais de Morges, je sais: je serai écrivain. C’est magnifique, écrivain. Vous êtes assis toute la journée face au lac et vous serrez des mains à des tas d’admirateurs bibliophages. Le seul effort est de leur griffonner de temps en temps une petite dédicace. Un boulot fait pour moi.
 
Bon, bien sûr, encore faut-il écrire un livre. Ce qui est assez fatigant, paraît-il. Enfin, c’est ce que m’avait dit Chessex à l’époque… Et, encore plus difficile et beaucoup plus rare, écrire un livre qui se vende…
 
Je crois que j’ai la recette. Je vais séduire un chef d’Etat, ou mieux (étant plutôt hétérosexuel, inutile de rajouter des difficultés inutiles), une cheffe d’Etat. Genre Eveline Widmer-Schlumpf, c’est mon type de femme… Je vais vivre avec elle quelques mois, et, ensuite, m’arranger pour qu’elle me largue brutalement. Et je raconte tout. Allez, au travail sans tarder, sinon je serai obligé de faire l’impasse sur la prochaine édition du Livre sur les quais.

06/09/2014

Les chevaliers du ciel sont parmi nous

jeancharles_simon.jpgDepuis la votation sur les Gripen,notre armée ne se doutait pas qu’elle pouvait compter sur autant d’admirateurs d’avions de combat

Ainsi donc, ce week-end encore, la Broye, paisible région où j’ai enfin posé mon baluchon après des années de vie errante, va frémir au murmure strident des aéronefs de tout poil. Le meeting AIR14 s’apprête à connaître le même triomphe que la semaine dernière et le moindre chemin de remaniement rappellera aux plus anciens les bouchons des routes françaises sous le feu des Stukas.
 
C’est d’ailleurs peut-être le seul bémol dans l’organisation impeccable de cette fête splendide par notre valeureuse armée. Mais, comment pourrait-on lui en vouloir? A sa décharge, au cours des guerres récentes, elle a été rarement confrontée à des questions d’exode massif de population, et, surtout, depuis la votation sur les Gripen, elle ne se doutait vraiment pas qu’elle pouvait compter sur autant de fervents admirateurs d’avions de combat.
 
Voulant connaître le fond de votre pensée, notre vénéré quotidien a osé vous poser sans détour «la» question de confiance: «AIR14, à Payerne, fait-il trop de bruit?» Vous avez été 61% à répondre: «Non, pour une fois qu’on peut voir tant d’avions.» C’est quasi un plébiscite. Et vous avez évidemment raison. Car, une parade aérienne, c’est un superbe spectacle. C’est aussi beau que le plus beau des feux d’artifice. Ça remplit le ciel et les yeux des petits comme des grands.
 
Et c’est à peine terminé qu’on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment que c’est un peu de l’argent fichu en l’air.

30/08/2014

Y'a pas photo...

 

simon.jpgEh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc encore une fois ensemble le samedi, au-devant d’une nouvelle saison de modestes chroniques, dans lesquelles nous nous pencherons sur quelques usages de cette vie que l’on dit moderne; plus je mûris, plus elle me paraît étrange. Un exemple au hasard.
 
Longtemps, pour se photographier soi-même, on avait besoin d’un passant complaisant ou de poser son appareil sur un support stable, et de revenir en courant devant l’objectif avant le déclenchement de l’obturateur. C’était peu pratique, mais cela présentait l’avantage de ralentir le rythme des réalisations stupides. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, et à la facilité de leur diffusion, l’autoportrait a été remplacé par le selfie, et la sottise multipliée par mille. Si Nicéphore Niépce avait imaginé la dérive actuelle de son invention, je suis sûr qu’il aurait effacé toute trace de ses recherches.
 
Dans ce genre, la palme revient évidemment aux photos à poil du maire de Baden. «Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît sur une photographie» compléterait aujourd’hui Michel Audiard.
 
Malgré tout, une photographie peut encore être émouvante. Ainsi, avant-hier, à Payerne, les organisateurs de la manifestation AIR14 avaient invité l’astronaute Charlie Duke, le pilote du module lunaire d’Apollo 16, qui nous montra quelques clichés pris un beau jour d’avril 1972 aux abords du cratère Descartes, dont celui d’une photo de ses enfants déposée par lui-même sur le sol lunaire. Totalement émouvant.
Charlie Duke ou Geri Müller. Sur la lune ou comme la lune, il faut choisir…