08/06/2013

L’onction du suffrage universel

Ainsi donc demain, au soir de la votation, nous connaîtrons le mode d’élection des futurs conseillers fédéraux.

«Elu par le peuple, le gouvernement sera plus «légitime», donc condamné à être meilleur, et son efficacité se verra notablement augmentée», clament les partisans de l’initiative. «Au contraire, cela rendra les ministres plus vulnérables à la dictature des sondages et donc encore plus enclins à la démagogie», glapissent les opposants.
 
Mais serait-ce pour autant un renforcement de cette part de démocratie directe que nous envient tant nos voisins d’outre-Jura? Ne serait-ce pas plutôt une simple illustration de l’inéluctable glissement de la démocratie représentative classique, qui semble ne plus suffire, vers cette démocratie dite «participative», qu’on appelle aussi maintenant dans l’Hexagone la «démocratie citoyenne»? Ce concept à la mode est finalement très différent de celui de la démocratie directe, puisqu’il permet aux dirigeants de laisser la possibilité à leurs citoyens d’exprimer leur mécontentement, en évitant soigneusement le vote sanction, inévitable dans le contexte, qui surviendrait en cas de référendum, quelle que soit la question posée.
 
Si «la démocratie, c’est le droit de n’importe qui», comme le rappelait Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, dans un exposé passionnant qu’il donnait jeudi dernier à Fribourg sur le rôle incertain de la presse de demain en général et l’avenir radieux de Mediapart en particulier, alors, la «démocratie citoyenne» est le droit bien pratique pour les élus de laisser n’importe qui dire sans aucun danger n’importe quoi. La démocratie directe light. Somme toute... 

01/06/2013

Même les vainqueurs descendent de leur piédestal

Je ne me souviens plus précisément quand je cessai de croire au Père Noël. Mais je pense que cet événement arriva, selon toutes vraisemblances, dans le préau de l’école enfantine de la rue du Môle, aux Pâquis. C’est un copain moins naïf, ou qui avait un grand frère, qui dût m’ouvrir brutalement les yeux. Ce fut mon premier crève-cœur et je commençai alors à comprendre que la Vie n’est qu’une suite ininterrompue d’illusions perdues. Néanmoins, ma nature ayant horreur du vide, je remplaçai immédiatement le Père Noël grâce à un bouquin volé à mon père, intitulé «Annapurna, premier 8000 mètres», récit de l’expédition française victorieuse menée par Maurice Herzog en 1950. Et dès lors, Herzog, et ses coéquipiers Lachenal, Terray et Rébuffat, devinrent mes nouveaux dieux. Ils firent naître en moi l’admiration sans bornes que je porte aux grands grimpeurs himalayens. Pour «Somme toute», j’ai demandé à Etienne Fernagut, amoureux fou de montagne, de revenir sur cette épopée superbe et tragique qui avait tant bercé notre enfance. Mon culte pour ces surhommes perdura bien plus que celui pour le Père Noël. Même le buzz fait autour du récent livre de sa fille, qui le révélait comme un monstre d’égoïsme, n’avait pas réussi à entamer ma fascination pour Maurice Herzog. Et il fallut cette rixe impensable entre des sherpas et un guide bernois sur les pentes même de l’Everest pour que mes illusions concernant l’univers himalayen vacillent enfin. Depuis que le Toit du Monde est devenu une autoroute, il n’est finalement pas étonnant que les grimpeurs se comportent comme de vulgaires automobilistes.