27/06/2015

La chance, ça ne se commande pas

SEB_008.jpgJ’ai souvent cette pensée étrange et pénétrante: «On a quand même de la chance de vivre en Suisse.» Evidemment, c’est surtout quand je me trouve à l’étranger que cette évidence bébête me saisit brusquement, au hasard de ma déjà longue vie, dans différents endroits, lors de rencontres et circonstances improbables, à Beyrouth, en serrant la main d’un contemporain palestinien qui n’était jamais sorti de son camp depuis l’année de notre naissance, en visitant un hôpital du CICR au Sud Soudan, ou en parcourant les rues de Srebrenica, un dimanche après-midi de novembre 1997, par exemple. Mais un fait divers récent m’a permis de refaire cette belle constatation sans même avoir besoin de voyager: l’accident de chemin de fer de Daillens, lors duquel quatre wagons contenant des produits chimiques hyperdangereux ont été touchés. Aucun blessé, ni même brûlé légèrement n’a été à déplorer. Seule conséquence: la station de pompage du village (qui en dispose d’une seconde, au cas où) a été stoppée quelques heures. Les 52 tonnes d’acide chlorhydrique du wagon immobilisé ont été ensuite pompées dans un wagon non conforme, à la suite d’une légère erreur, ce qui l’a transformé en une véritable bombe à hydrogène naissant. Il parcourut 280 km sans la moindre étincelle et est arrivé à Bâle sans encombre.
Je vous fiche mon billet: l’accident se serait déroulé dans la banlieue de Lagos, il y aurait eu 4000 morts, et ça nous aurait paru parfaitement normal. On n’est pas plus malin, on a seulement plus de chance. Décidément, on ne prête qu’aux riches.

20/06/2015

«Mourir, dormir, rêver peut-être…»

jeancharles_simon.jpg

La diffusion récente d’une vidéo où l’on voit Vincent Lambert, le jeune Français plongé dans un état végétatif depuis son accident en 2008, cligner des yeux et suivre du regard son interlocuteur a provoqué un tollé général.
 
Certaines de ces réactions feraient un peu sourire si le sujet n’était pas si grave. Ainsi, immédiatement, de bonnes âmes se sont élevées contre cette violation du «droit à l’image» du patient.
 
Le droit à l’image, je parie que ça doit être le cadet des soucis pour quelqu’un qu’on va faire mourir de faim et de soif. Et puis, évidemment, cet acharnement à maintenir en vie Vincent Lambert ne peut être le fait que d’une secte de cathos-fachos, rétifs au progrès.
 
Beaucoup plus sérieusement, la Faculté dans son ensemble, drapée dans ses certitudes, parle de simples mouvements réflexes, toujours convaincue du côté irréversible de l’état du patient.
 
Or il m’est arrivé une aventure similaire il y a une dizaine d’années. Je me suis retrouvé, moi aussi, plongé dans un profond coma. Quinze jours, ce qui est parfaitement ridicule par rapport à l’expérience de Vincent Lambert, je le concède. Pourtant, durant ce court laps de temps, les neurologues avaient déjà abordé avec ma mère le délicat sujet du jour où il faudrait peut-être me débrancher. Depuis, revenu à la vie grâce à l’efficience des médecins du CHUV, je remercie tous les jours ma mère de ne pas avoir, cette fois-là, confondu vitesse et précipitation, et je vénère tous les humbles praticiens encore conscients que la médecine reste un art.

06/06/2015

Hugues, Paul-Annick, Carlo, Majid, Marc, Roger et les autres

Simon.pngAinsi donc le Servette FC est mort encore une fois. Bien sûr, pour le supporter que je suis depuis plus de soixante ans, c’est devenu un peu comme le typhon pour un habitant des îles Fidji, un cataclysme récurrent. L’ennui, comme pour les typhons, c’est que les dégâts semblent chaque fois plus graves et que leur fréquence augmente.

Enfin, regardons l’avenir, et soyons convaincus que, tel le phénix, Servette renaîtra une fois de plus de ses cendres. Bientôt, les gradins du Stade de Genève mugiront de nouveau lors de derbies dantesques, entre notre club bien-aimé et Perly III. Et les enfants genevois, par milliers, de toutes origines sociales ou ethniques, rejoindront le mouvement junior, dans l’espoir fou de grossir, un jour, les rangs de l’équipe première pour de futures échéances. A la seule condition, bien sûr, de trouver pour ce nouveau départ un président capable de mener l’indispensable restructuration.

Cet oiseau rare doit réunir un certain nombre de qualités: il doit être financièrement à l’aise, prêt à investir une partie de sa fortune, honnêtement gagnée, dans le club, bien connaître le milieu footballistique, avoir un bon carnet d’adresses, être d’une parfaite intégrité et, surtout, c’est peut-être le plus important, ne pas utiliser le club à des fins d’ambition ou de reconnaissance publique personnelle. Je ne vois qu’un homme capable de relever ce magnifique défi (vous me voyez peut-être venir): notre prochain président ne peut être que Sepp Blatter. Chance inouïe, il est libre.

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