27/06/2015 10:30 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

La chance, ça ne se commande pas

SEB_008.jpgJ’ai souvent cette pensée étrange et pénétrante: «On a quand même de la chance de vivre en Suisse.» Evidemment, c’est surtout quand je me trouve à l’étranger que cette évidence bébête me saisit brusquement, au hasard de ma déjà longue vie, dans différents endroits, lors de rencontres et circonstances improbables, à Beyrouth, en serrant la main d’un contemporain palestinien qui n’était jamais sorti de son camp depuis l’année de notre naissance, en visitant un hôpital du CICR au Sud Soudan, ou en parcourant les rues de Srebrenica, un dimanche après-midi de novembre 1997, par exemple. Mais un fait divers récent m’a permis de refaire cette belle constatation sans même avoir besoin de voyager: l’accident de chemin de fer de Daillens, lors duquel quatre wagons contenant des produits chimiques hyperdangereux ont été touchés. Aucun blessé, ni même brûlé légèrement n’a été à déplorer. Seule conséquence: la station de pompage du village (qui en dispose d’une seconde, au cas où) a été stoppée quelques heures. Les 52 tonnes d’acide chlorhydrique du wagon immobilisé ont été ensuite pompées dans un wagon non conforme, à la suite d’une légère erreur, ce qui l’a transformé en une véritable bombe à hydrogène naissant. Il parcourut 280 km sans la moindre étincelle et est arrivé à Bâle sans encombre.
Je vous fiche mon billet: l’accident se serait déroulé dans la banlieue de Lagos, il y aurait eu 4000 morts, et ça nous aurait paru parfaitement normal. On n’est pas plus malin, on a seulement plus de chance. Décidément, on ne prête qu’aux riches.

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