30/05/2015

Heureux songs!

Autant vous le dire d’emblée, je n’ai pas vraiment apprécié le dernier Concours Eurovision de la chanson. Et ce n’est pas à cause des résultats obtenus. Nous autres Suisses, contrairement à nos voisins français, nous savons depuis belle lurette que, dans ce genre de manifestations, l’essentiel n’est ni de gagner ni même de participer à la finale. Ma déception ne vient pas non plus de Jean-Marc Richard, dont les commentaires avisés et le flux incessant d’anecdotes piquantes sur les candidats nous ont permis de supporter l’interminable retransmission.
 
Non, le problème est ailleurs. L’année passée, grâce à la sémillante présence de Conchita Wurst, on avait gravi une sacrée marche, en passant brusquement d’une simple addition de chansons ineptes à une véritable croisade sociétale, la réhabilitation des drag-queens.
 
Qu’allaient-ils nous proposer cette année? J’en salivais d’avan­ce. Hélas, rien. Ou presque. A part quelques chanteuses en surcharge pondérale, pour nous rappeler, sans doute, que l’obésité grandissante est le fléau de notre temps, et la discrète allusion par la Lituanie au mariage pour tous, les danseurs de même sexe se roulant un patin d’enfer, allusion qui m’échappa, car j’avais les yeux fixés sur les délicieuses jambes de la chanteuse. Et quand je pense que les organisateurs ont réussi à éliminer en demi-finale le groupe finlandais PKN, composé de musiciens punks trisomiques. Vous vous rendez compte, s’ils avaient gagné? Quelle victoire pour la diversité. Et à quelques semaines de la votation sur le diagnostic préimplantatoire, quel barnum. 
 
Jean-Charles Simon

16/05/2015

Le hasard et l’autre usage des choses


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A la lumière de quelques expériences hospitalières, j’ai pu constater que la médecine n’était pas cette science exacte à laquelle je croyais au temps de mes études, et l’information selon laquelle un quart des médicaments utilisés en milieu hospitalier seraient des prescriptions «off label», c’est-à-dire utilisés pour un autre usage que celui indiqué lors de leur inscription de mise sur le marché, ne m’a pas autrement étonné.
Même si j’éprouve de la compassion pour ces humbles chercheurs ayant brûlé leur jeunesse, nuit et jour enfermés dans un labo blafard, dans l’espoir d’obtenir un jour l’autorisation de commercialiser le médicament miracle contre l’ulcère gastrique et qui constatent, trois ans plus tard, qu’il est uniquement utilisé pour induire les accouchements, je pense que l’essentiel est de soulager l’humanité, et peu importe si l’indication initiale est quelque peu trahie.
 
Alors, la nouvelle parue cette semaine selon laquelle le Viagra pourrait être utilisé dans la lutte contre la malaria m’a simplement enchanté. Pour deux raisons: d’abord, ayant été jadis personnellement concerné par cette effroyable maladie, je suis très attentif à tout progrès dans son traitement, même si je suis conscient que l’augmentation de la libido n’est pas la demande prioritaire des populations touchées par le paludisme.

Et, ensuite, pourquoi le taire, parce que, désormais, en rappelant mes antécédents médicaux, je pourrai acheter mes pilules bleues sans craindre l’ébauche d’un sourire narquois poindre sur les lèvres purpurines d’une charmante aide en pharmacie.

02/05/2015

Bon sang ne saurait mentir

lstapioca-tomlm.pngJ’ai beau savoir que la quête de l’égalité est devenue le principal culte de notre époque, et la chasse à la discrimination notre combat primordial, il n’empêche qu’un récent sujet de la RTS m’a quand même légèrement interloqué. Il était consacré à l’exclusion du don du sang pour les homosexuels. On y voyait notamment deux jeunes gens, au visage flouté, témoigner d’avoir dû mentir sur leur orientation sexuelle pour pouvoir participer aux collectes de la Croix-Rouge. Bien sûr, cette interdiction semble non seulement discriminatoire, mais aussi obsolète, le problème, si problème il y a, ne résidant pas dans l’orientation, mais bien plus dans le comportement sexuel, mais ce qui m’a un peu gêné, c’est que les deux intervenants, au lieu de s’en tenir à ces arguments raisonnables, ont tenté de nous émouvoir en nous expliquant que le fait de ne pas pouvoir donner son sang piétinait leur désir profond de venir en aide à leur prochain, seule raison de leur présence sur terre. J’ai eu la nette impression qu’ils poussaient un peu le bouchon, et j’ai envie de les rassurer. Etant moi-même, à la suite d’une inique crise de paludisme cérébral, frappé depuis 2004 du même scandaleux ostracisme, je leur assure qu’après un long et pénible travail de reconstruction personnelle, on peut espérer continuer à vivre et même à prétendre mériter de jouer un modeste un rôle social, et continuer à se regarder dans le miroir. Même si l’on est dans l’impossibilité de transmettre à la communauté ses globules et ses plaquettes deux fois par an.

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