18/04/2015 09:42 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

Le musée imaginaire

jeancharles_simon.jpgAinsi donc, dès le 25 avril, aux environs du pont d’Arc, en Ardèche, la grotte Chauvet, nouvelle merveille du monde renfermant un millier de peintures datant de trente-deux mille ans, sera enfin ouverte au public. Lors de la visite inaugurale, la semaine dernière, le président Hollande, avec son lyrisme coutumier, a déclaré: «Je ne cesserai pas de dire partout où je me déplacerai dans le monde: vous voulez savoir d’où vous venez? Venez dans la caverne du pont d’Arc, venez en Ardèche, et vous serez chez vous.»
 
Au risque, pour une fois, de le décevoir, je me demande justement si j’en ai vraiment envie. Non que je doute de la beauté du site, mais parce qu’il convient de préciser que l’on ne peut accéder qu’à une reconstitution de ladite grotte, à l’identique peut-être, mais reconstitution quand même. Et, c’est sans doute stupide, ça me gêne. Je comprends parfaitement les raisons d’une telle entreprise, mais, à l’idée de me rendre en Ardèche, de me mélanger à une foule bigarrée et bruyante, d’attendre des heures au soleil avant de pouvoir jeter un œil furtif sur des reproductions d’art préhistorique méticuleusement réalisées à la peinture acrylique, le désir s’enfuit.
 
Finalement, la seule consolation de l’âge, c’est la satisfaction d’avoir pu visiter jadis la vraie grotte de Lascaux et de savoir qu’une infime partie des champignons polluant l’aurochs dessiné dans la première salle est due au CO2 par moi exhalé à l’époque. Le musée imaginaire de Malraux est celui des souvenirs qu’on rassemble dans son esprit, pas celui des œuvres laborieusement reconstruites dans un hangar adjacent quelconque.
 
Jean-Charles Simon

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