21/03/2015

Vive le préjudice d’anxiété!

 
Le conseil de prud’hommes de Paris a examiné la semaine dernière le recours contre la SNCF déposé par plus de 150 cheminots exposés à l’amiante durant leur carrière, qui réclament la reconnaissance de leur «préjudice d’anxiété», saisis qu’ils sont par la peur d’être éventuellement atteints un jour d’un cancer. Chaque plaignant demande 12 000 euros de dommages et intérêts.
Si cette demande est retenue, cela sera indubitablement une grande avancée sociale. Et, j’avoue que cela m’a donné des idées. Car, moi-même, sans être totalement hypocondriaque, je ressens de plus en plus cette horrible anxiété, liée à celle encore plus grave de mourir peut-être un jour et, plus le temps passe, plus j’ai l’impression que l’étau se resserre. Bien sûr, je ne peux pas vraiment me prévaloir d’avoir vécu au contact direct de l’amiante, mis à part ma fréquentation durant une quarantaine d’années de la cafétéria de la TSR, avant qu’elle ne fût défloquée. Mais je ne suis pas sûr que cela suffise pour obtenir un dédommagement substantiel auprès des tribunaux, la seule maladie professionnelle officiellement reconnue dans la situation étant la cirrhose due au pastis.
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Aussi, j’ai choisi une autre cible: puisque, comme l’a si bien dit Cioran, cette angoisse existentielle m’obsède depuis toujours, je pense que je vais faire un procès à celle qui est, je suis au regret de dire malgré tout l’amour que je lui porte, la principale responsable de ma venue au monde, donc du préjudice de mon anxiété. Si la SNCF est reconnue coupable, pourquoi pas ma mère, je vous le demande…

14/03/2015

Les trains qui partent

 

jean.pngC’est comme une fois, il y a bien longtemps, j’étais un jeune comédien rempli d’ambition et de certitudes (c’est vous dire s’il y a longtemps). J’avais à l’époque un très bon ami avec qui je rêvais de partager une carrière évidemment prometteuse.
 
Un jour, il m’invita à monter avec lui à Paris et tenter l’entrée au Conservatoire, seul endroit digne d’héberger notre talent. J’hésitai beaucoup, puis, finalement, sans doute par peur de quitter le cocon familial, je déclinai la proposition. Mon pote m’exprima alors sa tristesse dans une belle lettre que j’ai toujours conservée. Elle se terminait par la dernière phrase de «l’Europe Vagabonde», d’Antoine Blondin, l’écrivain que nous chérissions alors: «Un jour, nous prendrons des trains qui partent.» Le temps est passé. Mon ami est devenu un acteur célèbre. Moi pas. Enfin, pas encore.
 
Cette lointaine histoire me revint bizarrement en mémoire dimanche dernier en regardant d’un œil la rencontre de Coupe Davis, au moment de l’égalisation 2-2 par la Suisse contre la Belgique. Et je songeai alors à ce jeune joueur valaisan, dont le nom échappera désormais à tout le monde, qui aurait peut-être pu devenir un héros, s’il n’avait claqué la porte, la veille, et lâché les copains. Comme quoi, la vanité, c’est comme la trouille, c’est souvent mauvaise conseillère.
Souvenons-nous, dans la Vie, les trains ne partent qu’une fois. Il convient donc de toujours y monter à temps, même si la destination finale reste floue. Car, le plus important n’est pas de forcément arriver quelque part, mais de simplement oser partir.

07/03/2015

Du passé, faisons table rase

JCHSimon.pngDans la longue liste des exactions commises par les fanatiques du califat islamique autoproclamé, il est bien délicat d’établir un hit-parade de l’horreur, vous en conviendrez. Tortures diverses et variées, décapitations d’otages, assassinats d’enfants, amorce génocidaire de la population copte, otage brûlé vif, tous ces forfaits mériteraient largement la première place de l’abjection.

Pourtant, si je devais donner mon avis, je me demande si je n’aurais pas un petit faible pour le saccage du Musée de Mossoul ou celui, plus récent, de Nimroud. Bien sûr, dans ces cas, il n’y a pas mort d’homme, me direz-vous, ce ne sont que des statues qui ont été massacrées. Mais, comme les médias nous ont complaisamment montré leur action dans la durée, et non pas une vague image floutée comme dans les autres occasions, cela nous a permis de nous forger une opinion sur l’abyssale sottise des terroristes, qui semble s’ajouter à leur totale bestialité.

J’en parlais à un voisin, qui s’étonna alors poliment de ma violente indignation face à cette destruction de vestiges historiques, venant de l’habitant que je suis d’un village, où un spéculateur bétonne dans l’indifférence générale une nécropole et une voie romaines, pour bâtir quelques HLM hideuses.

Cette remarque me cloua le bec un instant, je l’avoue. Je finis par bredouiller que, dans le cas de Domdidier, ces destructions ne sont pas idéologiques, mais uniquement dictées par le pognon. «Faut quand même pas mélanger, Daech et promotion immobilière.» Après réflexion, je ne suis pas persuadé que ma réponse tienne totalement la route.

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