28/02/2015

E la nave va…

 

Maintenant, je peuxSIMON.png vous le dire, j’attendais le nouveau numéro de Charlie Hebdo avec une sacrée impatience, certes, mais aussi avec une grande inquiétude. Les survivants allaient-ils oser poursuivre la provocation héroïque, mais potentiellement suicidaire ou faire une pause dans leur lutte contre l’islamo-fascisme, pour reprendre une formule de Manuel Valls?

Un simple coup d’œil sur la nouvelle couverture me rassura pleinement: on y voit Charlie poursuivi par une meute dans laquelle on reconnaît le pape, Marine Le Pen, des banquiers, BFM TV, Sarkozy et, folle audace, un chien noir avec une kalachnikov dans la gueule. Ouf! Avec de tels adversaires désignés, le nombre d’ambassades de France saccagées devrait diminuer et nos dessinateurs bien-aimés espérer survivre au moins une semaine dans leur bunker. Bien sûr, nous qui sommes à l’abri des représailles, nous ne pouvons nous empêcher d’être un peu déçus du choix de leurs cibles… C’est un peu comme si Renaud Lavillenie se contentait désormais de sauter la haie du jardin…

D’ailleurs, pour eux, le vrai danger vient peut-être d’ailleurs. Car Charlie est devenu une somptueuse affaire et nos amis, de sacrés nantis. Dans le landerneau médiatique, un journal à l’avenir financier assuré, ça ne court pas les rues, et ça a de quoi attiser la jalousie, féroce dans la profession, paraît-il…
Ou alors… Une idée horrible traverse brusquement mon esprit: et si ça donnait des envies à d’autres groupes de presse, afin d’améliorer leur bilan? Bon, c’est décidé, même modeste chroniqueur, je fonce acheter un gilet pare-balles, on ne sait jamais.

21/02/2015

Prises de bec postprandiales

 

Aussi longtemps que je me souvienne, pour que des agapes familiales puissent être considérées comme vraiment réussies, elles devaient obligatoirement être suivies, au pousse-café, de discussions homériques, débouchant sur de violentes engueulades, puis sur des ruptures brutales et définitives, au moins jusqu’au baptême suivant.
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Parmi les thèmes des plus mémorables de ces joutes verbales, je citerai pêle-mêle les Accords d’Evian, Mai 68, l’affaire Markovic, la fille cachée de Mitterrand, le mari d’Elisabeth Kopp, l’Expo.02 et, plus récemment, l’achat des Gripen, le scandale Giroud et les frasques de DSK. Les sujets étaient fort variés, on le voit, mais, malgré la mauvaise foi de rigueur dans cet exercice, je ne me souviens pas qu’on y ait jamais fait l’apologie de l’insoutenable. Enfin, jusqu’à la semaine dernière. Car, à l’issue d’une banale controverse entre «zemmouriens» et «anti-zemmouriens» à propos du «Suicide français» (que personne n’avait d’ailleurs vraiment lu), le débat versa très vite dans l’antisémitisme le plus virulent.
 
Je me crus brusquement transporté un bon siècle plus tôt, au milieu de l’affaire Dreyfus. A une différence près. Car, à l’époque du malheureux capitaine, l’antisémitisme était en principe réservé à la droite, la gauche étant dreyfusarde. Aujourd’hui, la chose est brouillée par la notion nouvelle de l’islamophobie. Comme si, pour y échapper, avouer son antisémitisme était une façon ultime de démontrer son progressisme.
Hélas, avec le temps, la connerie ne se dilue pas, elle se complexifie.

14/02/2015

Moche coup à Moscou

 

mec.pngLes mânes du regretté Jean Bruce me pardonneront d’emprunter, pour cette modeste chronique, le titre fameux d’une des plus célèbres aventures de son héros, OSS 117, tant il me semble coller à notre actualité brûlante.
 
Ayant eu la grâce de faire partie de la génération des baby-boomers, j’ai toujours eu un rapport assez éloigné avec la guerre. Comme la lèpre ou le noma, c’était une calamité qui avait peu de probabilités de m’affecter personnellement, pensais-je.
 
Ainsi, par exemple, au Soudan du Sud, le seul pays en conflit que j’ai vraiment traversé, en visitant les hôpitaux de la Croix-Rouge, j’éprouvai une immense compassion pour les victimes, bien sûr, mais finalement peu d’angoisse personnelle.
 
Tout a changé cette semaine. Le ballet diplomatique autour de l’Ukraine m’a brusquement fait prendre conscience que la guerre pouvait désormais entrer dans le champ de nos possibles. Et, parallèlement, pour la première fois, j’ai le sentiment d’entrer dans l’Histoire. Or j’ai à peine accédé à ce nouveau statut que je me sens déjà gagné par la lâcheté de mes ancêtres.
 
Quand, le 30 septembre 1938, Edouard Daladier, après les Accords de Munich, où il avait été parfaitement floué par Hitler, atterrit à son retour au Bourget, il fut accueilli par une foule en liesse, le remerciant d’avoir sauvé la paix. Il murmura alors: «Les cons, s’ils savaient.»
Ainsi, la furieuse envie de me battre pour l’Ukraine semble déjà se dissoudre, comme la leur pour les Sudètes. Et, malgré la haute opinion que j’ai de moi-même, je me sens prêt à accepter, moi aussi, de passer pour un con.
 
Jean-Charles Simon

07/02/2015

Justice et morale

Je n’ai pas l’habitude de cracher dans la soupe. Aussi, je ne me permettrai pas de remettre en cause un quelconque de vos jugements, chers lecteurs fidèles et nourriciers! Mais il n’empêche que j’ai été légèrement surpris de lire mardi, dans ce respectable journal, que la plupart d’entre vous ne condamnaient pas DSK. Mieux encore, certains estimaient qu’il aurait fait un excellent président de la République. Bon, la question ne se pose plus, puisque à sa décharge, si j’ose en l’occurrence employer cette expression, il a lui-même déclaré avoir tourné la page de la politique. L’issue de ses péripéties judiciaires finalement nous importe peu. Car, que l’ancien directeur du FMI soit reconnu coupable de proxénétisme, même aggravé, ou qu’il ressorte du tribunal, faute de preuve, en simple «libertin», le seul procès à lui faire aurait été d’ordre moral, et le tribunal n’est pas gardien de l’ordre moral. Et puis, de toutes les façons, c’est trop tard. On ne tire pas sur une ambulance, fût-elle couverte de boue.
 
Mais, je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui, à l’époque, roulaient à ses côtés à la conquête du pouvoir, qui savaient tout, et que ça ne gênait pas du tout d’imaginer un détraqué sexuel devenir chef de l’Etat. Ce sont les mêmes qui occupent aujourd’hui les plus hautes fonctions et qui légifèrent doctement sur l’interdiction de la prostitution, proclament l’égalité entre les sexes et luttent contre les violences faites aux femmes.
 
Au bal des faux-culs de la politique, peu nombreux sont ceux qui font banquette. Et le pire, c’est qu’ils auraient bien tort d’avoir des scrupules. 

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