21/02/2015 10:27 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

Prises de bec postprandiales

 

Aussi longtemps que je me souvienne, pour que des agapes familiales puissent être considérées comme vraiment réussies, elles devaient obligatoirement être suivies, au pousse-café, de discussions homériques, débouchant sur de violentes engueulades, puis sur des ruptures brutales et définitives, au moins jusqu’au baptême suivant.
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Parmi les thèmes des plus mémorables de ces joutes verbales, je citerai pêle-mêle les Accords d’Evian, Mai 68, l’affaire Markovic, la fille cachée de Mitterrand, le mari d’Elisabeth Kopp, l’Expo.02 et, plus récemment, l’achat des Gripen, le scandale Giroud et les frasques de DSK. Les sujets étaient fort variés, on le voit, mais, malgré la mauvaise foi de rigueur dans cet exercice, je ne me souviens pas qu’on y ait jamais fait l’apologie de l’insoutenable. Enfin, jusqu’à la semaine dernière. Car, à l’issue d’une banale controverse entre «zemmouriens» et «anti-zemmouriens» à propos du «Suicide français» (que personne n’avait d’ailleurs vraiment lu), le débat versa très vite dans l’antisémitisme le plus virulent.
 
Je me crus brusquement transporté un bon siècle plus tôt, au milieu de l’affaire Dreyfus. A une différence près. Car, à l’époque du malheureux capitaine, l’antisémitisme était en principe réservé à la droite, la gauche étant dreyfusarde. Aujourd’hui, la chose est brouillée par la notion nouvelle de l’islamophobie. Comme si, pour y échapper, avouer son antisémitisme était une façon ultime de démontrer son progressisme.
Hélas, avec le temps, la connerie ne se dilue pas, elle se complexifie.

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