14/02/2015 10:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

Moche coup à Moscou

 

mec.pngLes mânes du regretté Jean Bruce me pardonneront d’emprunter, pour cette modeste chronique, le titre fameux d’une des plus célèbres aventures de son héros, OSS 117, tant il me semble coller à notre actualité brûlante.
 
Ayant eu la grâce de faire partie de la génération des baby-boomers, j’ai toujours eu un rapport assez éloigné avec la guerre. Comme la lèpre ou le noma, c’était une calamité qui avait peu de probabilités de m’affecter personnellement, pensais-je.
 
Ainsi, par exemple, au Soudan du Sud, le seul pays en conflit que j’ai vraiment traversé, en visitant les hôpitaux de la Croix-Rouge, j’éprouvai une immense compassion pour les victimes, bien sûr, mais finalement peu d’angoisse personnelle.
 
Tout a changé cette semaine. Le ballet diplomatique autour de l’Ukraine m’a brusquement fait prendre conscience que la guerre pouvait désormais entrer dans le champ de nos possibles. Et, parallèlement, pour la première fois, j’ai le sentiment d’entrer dans l’Histoire. Or j’ai à peine accédé à ce nouveau statut que je me sens déjà gagné par la lâcheté de mes ancêtres.
 
Quand, le 30 septembre 1938, Edouard Daladier, après les Accords de Munich, où il avait été parfaitement floué par Hitler, atterrit à son retour au Bourget, il fut accueilli par une foule en liesse, le remerciant d’avoir sauvé la paix. Il murmura alors: «Les cons, s’ils savaient.»
Ainsi, la furieuse envie de me battre pour l’Ukraine semble déjà se dissoudre, comme la leur pour les Sudètes. Et, malgré la haute opinion que j’ai de moi-même, je me sens prêt à accepter, moi aussi, de passer pour un con.
 
Jean-Charles Simon

Les commentaires sont fermés.