29/11/2014

Ebola pas aboli

Selon les dernières nouvelles, l’état du médecin cubain atteint du virus Ebola, rapatrié de Sierra Leone et soigné aux HUG, s’améliore. Il semblerait donc que les traitements expérimentaux soient efficaces. C’est évidemment une merveilleuse nouvelle pour lui et pour toutes les équipes médicales envoyées sur le terrain, qui, malgré les précautions prises, risquent à tout bout de champ d’être contaminées.

Et puis, avouons-le, c’est aussi un sacré soulagement pour nous tous, qui voyons ainsi le spectre effroyable de cette nouvelle peste, devenue ainsi peut-être curable, s’estomper. Hélas, les populations directement concernées, quant à elles, ont moins de raisons de se réjouir, car le virus Ebola, comme disent cyniquement certains spécialistes, est une maladie «doublement négligée»: d’abord, parce que quelques milliers de malades, c’est beaucoup pour ceux qui souffrent, mais trop peu pour un marché pharmaceutique potentiel, et que, de toute façon, les personnes atteintes sont bien trop pauvres pour espérer se payer un traitement quelconque.

Il y a quelques années, j’ai été directement concerné par une de ces maladies «négligées», le paludisme cérébral. Je m’en suis sorti parce que j’étais, dans mon malheur, un rare privilégié pouvant, moi, petit Suisse, bénéficier pleinement de la grande efficience du CHUV. C’est alors que j’ai pris conscience de cette évidence, toute simple pour des milliards d’êtres humains, mais encore difficilement admise dans nos pays dits développés, malgré les efforts pourtant répétés de nos assureurs: les limites de la médecine ne sont pas vraiment la science mais l’économie.

22/11/2014

Douce région de mon cœur

 

mec.jpgParmi les luttes intestines, souvent dérisoires à nos yeux, qui agitent nos voisins d’outre-Jura, il y en a une qui me paraît totalement justifiée, celle qui oppose partisans et adversaires de leur délicate réforme territoriale. J’ai beau être un Européen convaincu (mieux, j’ose même me proclamer, dans mes moments d’exaltation mystique, citoyen du monde), je comprends qu’on soit accroché comme un morpion à son coin de terre et qu’on en refuse la plus infime modification. Et je le proclame, les mânes du général de Gaulle dussent-ils en souffrir, les nations sont obsolètes et l’Europe de demain sera celle des régions ou ne sera pas. Aimer sa région, c’est aimer sa terre en échappant au nationalisme et à ses dérives xénophobes. Aimer sa région, c’est pouvoir être patriote sans être chauvin, c’est aimer ses proches voisins sans détester les étrangers. Bon, évidemment, moi, je n’ai pas grand mérite à aimer ma région et ses habitants… Car, en toute objectivité, les rives du Léman, c’est quand même un coin sublime. Mais ce n’est pas pour cela que je vais mépriser ceux qui habitent les Franches-Montagnes ou le Tessin. Ils ont moins de chance que moi, c’est tout.
 
Surtout, ce week-end. Parce qu’en plus, cerise sur le gâteau, dans ma région, grâce à mes proches voisins, grâce à Stan, de Coppet, à Jo-Wilfried, de La Rippe, et à Gaël, de Trélex, je vais pouvoir couler des heures tranquilles et attendre serein dimanche soir en étant sûr de remporter la Coupe Davis, sans dépendre d’éventuelles douleurs dorsales récurrentes d’un joueur suisse allemand.
 
Jean-Charles Simon

08/11/2014

Plus belle fut la chute

Je tiens à rassurer enfin les innombrables lecteurs qui s’étaient affolés en constatant l’absence de cette chronique les deux derniers samedis: je ne fus pas victime d’une quelconque censure politique. Mais cédant à ce qui constitue la principale activité du retraité avec la visite chez le cardiologue, le voyage à l’étranger, j’ai réalisé un vieux rêve en me rendant au Zimbabwe pour contempler les chutes Victoria. J’ai pu ainsi rejouer in situ la scène mythique du sublime film de Lelouch, «Itinéraire d’un enfant gâté» en me prenant pour Belmondo. Celui de 1988, bien sûr, car j’espère qu’il me reste quelques mois avant d’envisager incarner le Bébel d’aujourd’hui.
 
Bon, il faut les mériter, ces sacrées chutes! Car, pour l’obtention d’un visa à la frontière, il faut s’armer d’une patience surhumaine. On sent que, par une lenteur calculée, le fonctionnaire local tente de vous faire payer les siècles de colonisation et les trente ans de dictature de Robert Mugabe, le grand ami de Jean Ziegler. A côté, un rendez-vous au Service des impôts du canton de Genève, c’est du nougat, pour vous dire…
 
Mais, l’épreuve passée, c’est sublime. Le spectacle dantesque de cette colossale masse d’eau disparaissant dans le précipice vous apprend à conjuguer le verbe «immense», comme disait le regretté Albert Urfer.
 
Note de la rédaction: Au moment où nous mettons sous presse, nous recevons un mot de Jean Ziegler, membre du Comité du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, qui tient, une fois de plus à préciser que Mugabe n’est pas du tout un grand ami, comme écrit plus haut, mais «une simple connaissance». Dont acte.

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