18/10/2014

On n’arrête ni le progrès ni les hooligans

 

sim0.pngIl y a bien longtemps, j’eus l’insigne honneur de croiser le fer avec Adolf Ogi lors d’une émission radiophonique. Le pétillant conseiller fédéral avait embouché une de ses trompettes favorites, celle du «football rédempteur», permettant à la jeunesse du monde de se confronter fraternellement, pour le bien de l’humanité.
 
Pour le faire bisquer, j’avais soutenu, au contraire, qu’il n’était surtout que le prétexte à rallumer la haine entre les peuples et que son seul avantage sur la guerre classique résidait en la modestie de son bilan mortifère. Bien sûr, j’avais un peu noirci le tableau, car, à part les jets de bananes sur des joueurs noirs, et quelques coups de boule vicieux, pour conforter mon opinion, je devais le plus souvent me contenter d’excités, un drapeau gribouillé au crayon gras sur leurs joues, guettant une caméra fugace pour exprimer leur chauvinisme imbécile aux yeux du monde.
 
Mais, mardi dernier, à Belgrade, lors du match Serbie-Albanie, la sottise a fait un sacré bond technologique lorsqu’un drone portant un drapeau de la Grande Albanie a survolé le terrain, provoquant rapidement une bagarre générale et l’arrêt du match. Bien sûr, ce genre d’action n’est accessible pour l’instant qu’à une élite (le frère d’un chef d’Etat, en l’occurrence), mais, j’en ai la foi, la démocratisation est en marche, et bientôt, nous aussi, nous aurons tous nos petits aéronefs armés de roquettes de précision, qui nous permettront rapidement d’éliminer nos adversaires, sans trop perdre du temps au stade, lieu mal famé, s’il en est.

11/10/2014

Dent pour dent, tête pour tête

JCHSimon.jpgSans vouloir exagérer, on peut dire que les divers assassinats perpétrés par les djihadistes suscitent dans notre société une large désapprobation. Même Nicolas Blancho, le sémillant président du Conseil central islamique suisse, qu’on avait connu plus frileux naguère dans la condamnation de la violence, semble avoir pris de la distance face à ces décapitations.

Je me trouvais l’autre soir, exceptionnellement, moi qui ne bois jamais, dans un bistrot fort fréquenté à l’heure de l’apéro. Après avoir épuisé rapidement l’examen des mérites comparés du Servette FC et du Lausanne-Sport, la conversation monta d’un cran quand nous abordâmes la situation au Moyen-Orient en général et le comportement de Daech en particulier.

On salua tous la détermination de nos dirigeants de poursuivre inlassablement les coupables. Une tournée plus tard, un large consensus se fit sur le fait qu’une fois capturés les égorgeurs devraient subir une punition exemplaire, que la prison, même à Guantánamo, serait trop douce et que seule la peine capitale serait à la hauteur de leurs crimes immondes.

Mieux, on suggéra que les exécutions fussent envisagées en public, afin de renforcer leur côté exemplaire, sinon dissuasif. J’osai timidement faire remarquer que ce serait un peu ressemblant au comportement honni de ces assassins. «Pas du tout, me rétorqua-t-on, ce n’est qu’après un procès qu’ils seront guillotinés.»

Je compris alors que la haine n’est jamais vraiment absente et que, peut-être, la seule différence entre la civilisation et la barbarie réside dans la technologie. 

04/10/2014

La grève de la fin

 

Jean-Charles Simon.jpgConséquence logique d’une vie militante peu active, je n’ai jamais espéré voir aboutir une revendication suite à une action collective. C’est donc toujours avec une grande curiosité que je contemple ceux qui sont contraints de considérer la grève comme un moyen de lutte indispensable.
 
C’est surtout en France, cher pays de mon enfance, que ce principe semble devenu un véritable sport. Jadis surtout réservée aux fonctionnaires qui en usaient régulièrement pour augmenter en toute impunité le nombre de leurs jours fériés, toute corporation paraît désormais s’y adonner. Or, pour espérer réussir, la grève doit répondre à deux critères: d’abord, provoquer une nuisance suffisante pour que la société souhaite sa conclusion rapide et, ensuite, attirer la compassion sur un drame social.
 
C’est dire si l’action des pilotes d’Air France, des pharmaciens ou des notaires a si peu passionné et c’est pourquoi aussi, j’en ai bien peur, l’appel à la grève lancé aux retraités mardi dernier fut un tel bide. Certes, la situation financière de bon nombre de personnes âgées est terrifiante, Dieu sait si je suis solidaire de mes frères en âge, mais, soyons lucides, en quoi une grève des vieux peut-elle constituer une gêne pour la population? Nous, on ne peut même plus s’arrêter de bosser pour emmerder le monde, c’est déjà fait.
 
Alors, mardi dernier, par un beau soleil, les retraités se sont rassemblés sur les places. Peut-être un peu plus nombreux que les autres jours. Et, pour une fois, sans les boules de pétanque. C’est quand même peu pour espérer déclencher une révolution.
 
Jean-Charles Simo

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