18/10/2014 09:54 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

On n’arrête ni le progrès ni les hooligans

 

sim0.pngIl y a bien longtemps, j’eus l’insigne honneur de croiser le fer avec Adolf Ogi lors d’une émission radiophonique. Le pétillant conseiller fédéral avait embouché une de ses trompettes favorites, celle du «football rédempteur», permettant à la jeunesse du monde de se confronter fraternellement, pour le bien de l’humanité.
 
Pour le faire bisquer, j’avais soutenu, au contraire, qu’il n’était surtout que le prétexte à rallumer la haine entre les peuples et que son seul avantage sur la guerre classique résidait en la modestie de son bilan mortifère. Bien sûr, j’avais un peu noirci le tableau, car, à part les jets de bananes sur des joueurs noirs, et quelques coups de boule vicieux, pour conforter mon opinion, je devais le plus souvent me contenter d’excités, un drapeau gribouillé au crayon gras sur leurs joues, guettant une caméra fugace pour exprimer leur chauvinisme imbécile aux yeux du monde.
 
Mais, mardi dernier, à Belgrade, lors du match Serbie-Albanie, la sottise a fait un sacré bond technologique lorsqu’un drone portant un drapeau de la Grande Albanie a survolé le terrain, provoquant rapidement une bagarre générale et l’arrêt du match. Bien sûr, ce genre d’action n’est accessible pour l’instant qu’à une élite (le frère d’un chef d’Etat, en l’occurrence), mais, j’en ai la foi, la démocratisation est en marche, et bientôt, nous aussi, nous aurons tous nos petits aéronefs armés de roquettes de précision, qui nous permettront rapidement d’éliminer nos adversaires, sans trop perdre du temps au stade, lieu mal famé, s’il en est.

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