28/06/2014

Trop d’info tue l’info

 

En toute franchisjean-charles.jpge, je pensais pouvoir affirmer qu’à part l’affection de mes proches, j’étais arrivé à un stade de ma vie où je n’étais plus «addict» à rien. Sous l’amicale pression de mon cardiologue, j’avais renoncé à mendier des cigarettes aux copains et réussi à ramener ma consommation alcoolique à un niveau dérisoire en comparaison de celle de la plupart de mes ex-collègues radiophoniques. Quant à la prise de stupéfiants, je crois me souvenir que mon dernier joint doit remonter à l’été 1969, à la Baleina Allegra, fameux camping de la Costa Brava. Bref, il me semblait pouvoir faire mienne la célèbre phrase de Nikos Kazantzakis: «Je n’espère rien, je ne crains rien, je n’attends plus rien, je suis libre.
 
Hélas, hélas, hélas, j’étais loin de me douter que la douceâtre vacuité de l’existence du retraité allait me faire tomber sous la coupe d’une nouvelle drogue. Car, il faut me faire une raison, je suis désormais totalement accro aux chaînes d’information continue. Pourtant, grâce à ma méconnaissance de l’anglais, j’avais longtemps su résister à CNN ou à Al-Jazira. Mais, voilà qu’aujourd’hui, à cause de BFM, I-télé ou LCI, je me surprends à regarder des heures le perron de l’Elysée dans l’attente de la sortie d’Arnaud Montebourg passant sans s’arrêter ou une vue de la façade du CHUV, avec régulièrement un zoom sur une fenêtre dont on m’assure que c’est celle de Schumacher. J’ai un peu honte. Car, je sais pertinemment que ces télévisions sont à l’info ce que les chips ou les cacahuètes sont à l’apéro: ça n’a aucune valeur nutritive, mais on les bouffe jusqu’à la dernière.
 
Jean-Charles Simon

14/06/2014

Révision déchirante…

2014-06-14_093957.jpgDire que toute ma vie je me suis efforcé d’afficher un pacifisme de bon ton. Et, à part une très courte période dans ma prime enfance où je rêvais de devenir Robin des Bois, Bayard, Turenne ou éventuellement Bonaparte, je n’ai vraiment jamais eu beaucoup d’estime pour les va-t-en-guerre. Je n’ai jamais hésité à affirmer à voix haute, et à toute occasion, que tout conflit armé était un grand malheur, et, sans fausse modestie, j’ai toujours obtenu le plus grand succès dans les soirées karaoké avec mon interprétation du «Déserteur» de Boris Vian, c’est tout dire. J’oserais même avouer que le récent refus populaire d’acheter des Gripen ne me plongea pas dans une dépression abyssale. Bien sûr, rançon du militant, cette courageuse position ne fut pas sans conséquence sur ma carrière militaire, la réduisant à la portion congrue et m’interdisant à tout jamais de briller en société en racontant de désopilantes anecdotes de cours de répète.


Bref, je vivais dans la conviction confortable que les anciens combattants étaient de vieux cons.
C’est donc d’un regard distrait que je regardais les retransmissions du 70e anniversaire du Débarquement, quand une indicible émotion mêlée de honte me saisit brutalement à la simple vue d’un vétéran américain serrant les mains de nombreux enfants venus le saluer. Et je ressentis alors la curieuse et irrésistible envie de le remercier, moi aussi, d’avoir sacrifié sa jeunesse, ce matin de juin 1944, pour que, depuis des lustres, je puisse afficher en toute liberté mon antimilitarisme baba cool.

07/06/2014

Les chercheurs de l’inutile

 
simom.jpgLongtemps, quand je me retournais sur mon passé, en me remémorant ma trajectoire professionnelle, j’éprouvais une espèce de honte. Quand je pensais que j’avais entamé à l’âge de 20 ans de brillantes études scientifiques, au point que mes professeurs me faisaient déjà miroiter l’avenir radieux d’un nouvel Einstein chouchouté dans un institut prestigieux, dans l’attente du Prix Nobel qui serait tombé un jour comme un fruit mûr, et que j’ai fini ma carrière en tant que «rigolo à la radio», comme disaient mes fils quand ils devaient avouer mon métier à leur maîtresse d’école, il y avait de quoi ressentir de l’aigreur. Quel gaspillage…
 
Mais c’est fini désormais, je suis totalement soulagé. Grâce au Dr Simone Kühn, mes remords d’avoir gâché ma vie en me complaisant dans le dérisoire se sont envolés.
 
Mme Simone Kühn est chercheuse émérite à l’Institut Max-Planck et vient de faire paraître dans le prestigieux Journal of the American Medical Association une longue étude fondée sur l’observation de 64 hommes en bonne santé de 21 à 45 ans, étude dont les résultats montrent que la pornographie est néfaste pour le cerveau.
 
Merci, madame Kühn, de me déculpabiliser en montrant que les savants peuvent être aussi parfaitement inutiles au devenir de l’Humanité. J’espère que l’on continuera à subventionner votre équipe, afin que vous puissiez bientôt nous prouver que ça rend sourd.
 
Jean-Pascal Delamuraz avait coutume de dire: «Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche.» Ça dépend encore de ce qu’ils trouvent…

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