24/05/2014 10:23 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les fils de la Toile

SEB_5910.jpgEtre père de deux jeunes enfants à mon âge constitue sans aucun doute un immense bonheur, même si c’est aussi l’aveu d’une certaine inconscience, je le concède. Pour l’instant, je maîtrise la situation, mais je ne peux m’empêcher d’envisager avec une certaine appréhension le moment encore lointain où ils aborderont les rivages tourmentés de l’adolescence. Déjà, j’éprouve pas mal de peine pour leur faire admettre que la vie ne consiste pas uniquement à aider sur leur tablette les Angry Birds à tuer un maximum de méchants cochons. C’est pourquoi l’autre soir, c’est avec grand intérêt que j’entendis, sur une radio étrangère et néanmoins de qualité, l’immense écrivain Alessandro Baricco raconter qu’il s’était inquiété de voir que son fils de 15 ans, qu’il emmenait souvent au cinéma, ne montrait jamais aucune émotion, même face aux scènes les plus déchirantes. Avait-il engendré un monstre d’insensibilité? Puis, un soir, raconte Barrico, il surprit l’adolescent en train de sangloter comme un daim, qui finit par expliquer que son ami virtuel avec qui il partageait depuis des semaines des aventures guerrières d’une grande violence sur Internet était mort au combat. Et Baricco ajouta qu’il fut quelque part soulagé de voir son fils avoir du chagrin et, surtout, qu’il prit brusquement conscience qu’il était finalement plus naturel de pleurer la mort d’un vieux compagnon que le malheur existentiel d’un clampin qu’on ne connaissait même pas avant le début de la séance. Depuis, je regarde mes fils jouer aux jeux vidéo avec un peu moins d’inquiétude.

 

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