10/05/2014 11:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les raisins encore verts de la colère

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Il faut que je me fasse une raison, l’armure marmoréenne, façon Marc Aurèle que je m’efforce d’endosser pour traverser désormais les aléas de la vie, présente encore quelques failles: il m’arrive encore de perdre bêtement mon sang-froid.

Ainsi, l’autre jour, la commune qui a la joie de me compter parmi ses citoyens, organisait, comme chaque année, une course pédestre, la bien nommée «Foulée dideraine», qui entraîne dans une folle farandole tout ce que la population compte d’ingambes.
 
Mon exemption médicale bien en vue, je me contentais de participer à la fête en applaudissant à tout rompre les athlètes locaux passant devant ma gentilhommière, lorsque j’avisai une voiture qui semblait vouloir braver l’interdiction temporaire de circuler sur le chemin de la course, et cela malgré des avertissements répétés des passants.
 
Une étrange bouffée de colère m’envahit brusquement. Alors que, je le jure, je ne souffre d’aucune vocation rentrée de flic, je m’avançai vers le véhicule, et m’entendis bientôt invectiver le conducteur en tapant comme un sourd sur sa carrosserie rutilante. Seule la réaction de mon épouse effarée me fit comprendre, non seulement le ridicule, mais aussi le risque de cabosser le seul signe extérieur de richesse du représentant d’une jeunesse volontiers ombrageuse, sinon laborieuse. Je rompis alors le combat, et m’enfuis, abandonnant les émules de Zátopek à leur sort périlleux.
 
Mais, curieusement, la honte de mon stupide comportement se mélangea bientôt à une indicible satisfaction, celle que je pouvais encore à mon âge me mettre en rage pour une peccadille.

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