26/04/2014

Brusque baisse de flamme

Simon.jpgUne terrible angoisse existentielle me saisit l’autre week-end. Une de ces angoisses qui semblent indubitablement être la trace du temps qui passe et de la décrépitude qui menace: j’ai brusquement eu un sentiment de lassitude envers le sport.

 
Attention, je ne parle pas d’un sport pratiqué. Il y a belle lurette que j’ai renoncé à toute ambition dans ce domaine. Et je ne parle même pas du récit de mes exploits passés, mille fois répétés devant un auditoire haletant, comme ce drive mythique sur le 9 du Blue Monster du Doral Contry Club de Miami, réalisé, un beau jour de 1978, avec un vulgaire Persimmon Ping d’époque.
 
Non, je parle d’une profonde lassitude ressentie brusquement sur mon divan, lors d’une retransmission à la télé! Moi qui me croyais jusque-là insatiable, au point de dévorer jusqu’au moindre tournoi d’haltérophilie féminine ou de boules anglaises, je me mettais à chipoter. Cela commença avec la finale de hockey entre Zurichois, puis ce fut le Grand Prix de Chine de tondeuses à gazon, le dimanche matin, et l’ennui culmina avec la finale du tournoi de Monte-Carlo, Federer -  Wawrinka.
 
Là, je ressentis la même impression que quand mes deux fils jouent au ballon. C’était attendrissant, sans plus. Après réflexion, je compris que le statut de téléspectateur sportif nécessite obligatoirement une dose minimale de chauvinisme. Je fus alors totalement rassuré: ce n’est pas la sénilité précoce qui m’avait fait perdre le goût du sport, c’était le sport qui était devenu insipide.
 
Inutile de dire que j’ai fait l’impasse sur la finale de Coupe de Suisse du lundi de Pâques.

19/04/2014

Souvenirs et volutes

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai un très cher ami qui est administrateur d’un EMS. Vous pensez si je cultive avec soin cette relation, car on n’insulte pas l’avenir. L’autre jour, il me confia sous le sceau du secret une préoccupation qu’en bon journaliste je m’empresse de vous répéter. Il se trouve que deux de ses résidents avaient été surpris par la fille d’une codétenue en train de savourer une cigarette postprandiale dans le fond de la salle à manger. Scandale absolu!

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Les ayatollahs antitabagiques aussitôt alertés. Bien que le législateur se fût montré flou sur l’interdiction formelle d’un tel délit, considérant peut-être que le cancer du poumon engendré par une trop longue exposition à la fumée passive ne constituait pas vraiment la cause principale de mortalité dans un tel lieu, mon ami se préparait déjà à devoir construire un fumoir étanche à grands frais. Il ne pouvait en effet se résoudre à exiger des délinquants qu’ils aillent, à leur âge canonique, accomplir leur forfait en pleine bise. Quelques instants plus tard, le hasard, à supposer qu’il existât, me fit tomber sur un article relatant une étude de l’Université de Mexico, révélant que la nicotine, favorisant la transmission des influx nerveux dans les régions neuronales de la mémoire, serait sans doute le meilleur médicament contre la maladie d’Alzheimer.
J’ai téléphoné immédiatement à mon ami pour lui conseiller de ralentir les travaux, histoire d’attendre la prochaine directive officielle ordonnant la cibiche obligatoire pour tous, du moins, en cas de rupture de stock en patches.

12/04/2014

«Entre ici, comme dans un moulin…»

 

blabla2.jpgPlus l’âge avance, plus l’apparente ironie que je montre face aux porteurs de décoration cache une effroyable frustration. Bien sûr, objectivement, mes hauts faits pour l’obtention de la moindre breloque ne sont pas légion, si j’ose dire. Mais, plus je répète la fameuse phrase d’Erik Satie: «Il ne sert à rien de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il ne pas la mériter», plus l’amertume me gagne en contemplant des clampins de mon âge arborant une rosette prétentieuse sur le revers de leur veste, sans meilleure justification valable pour son obtention.

Et ne voilà-t-il pas, miracle, que l’occasion unique s’est présentée pour rattraper ce retard honorifique et boucher un coin à tous ces cuistres. En entrant au Panthéon, excusez du peu. En effet, le célèbre monument étant bien moins récent, mais tout aussi délabré que le Théâtre de Carouge, la Direction des monuments nationaux français a eu l’idée de confier à l’artiste JR le soin de s’occuper de la bâche devant recouvrir l’édifice pendant les dix ans de travaux de rénovation, en la «décorant» d’une mosaïque de portraits photographiques d’anonymes, récoltés çà et là en France et en Navarre.
 
Pendant dix ans, rendez-vous compte, c’est drôlement mieux que le quart d’heure promis par Andy Warhol. J’ai pourtant renoncé à participer au casting. La gloire, oui, la promiscuité, non. N’en déplaise à Victor Hugo, à Marie Curie et consorts, je choisis encore d’attendre, avant éventuellement de les rejoindre. Et, qui sait, ma légendaire modestie oblige, si je ne préférerai même pas, un jour, postuler à la succession du Soldat inconnu.
 
Jean-Charles Simon

05/04/2014

«Va t’en doucement, c’est plus bon»

Une fois n’est pas coutume, je me sens obligé d’expliquer à la génération montante, socle majoritaire du lectorat de cet estimé quotidien, le sens du titre de ce billet. Il s’agit en effet d’une habile paraphrase d’un tube, chef-d’œuvre de la chanson française, sorti en 1999 par Hugues Aufray, intitulé «Va doucement, c’est tout bon», dans lequel il rendait hommage à Jean-Claude Killy.

Personnellement, J’ai toujours eu une immense admiration pour le triple médaillé de Grenoble. Il y a quelques années, j’ai même eu le privilège, le temps d’un vol Paris-Genève, le hasard m’ayant placé sur le siège voisin du sien, de bavarder avec lui du projet de Jeux olympiques rêvés, à l’époque, par quelques apparatchiks lausannois. Ça crée des liens.

Cela dit, la nouvelle de son départ du CIO m’a d’abord surpris, ce genre de démission étant rarissime. Je croyais que membre du CIO, comme académicien, président de l’UEFA ou du Zimbabwe, c’était au moins à vie, même ceux convaincus de corruption s’accrochant à leur siège comme des poux. Alors, maintenant, si le job se révèle aussi temporaire que celui de pape, tout s’écroule!

Mais, après avoir pris connaissance des raisons de sa décision, j’ai mieux compris. Killy arrête parce que après Sotchi, dit-il, il a l’impression qu’il lui sera «impossible de retrouver, à son âge, quelque chose d’aussi riche, d’aussi excitant». Effectivement, si les JO de Poutine représentent pour lui le sommet de l’idéal olympique, il est grand temps de dételer.

Ou peut-être, de rejoindre Sepp Blatter pour l’organisation de la Coupe du monde au Qatar…

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