12/04/2014 09:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

«Entre ici, comme dans un moulin…»

 

blabla2.jpgPlus l’âge avance, plus l’apparente ironie que je montre face aux porteurs de décoration cache une effroyable frustration. Bien sûr, objectivement, mes hauts faits pour l’obtention de la moindre breloque ne sont pas légion, si j’ose dire. Mais, plus je répète la fameuse phrase d’Erik Satie: «Il ne sert à rien de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il ne pas la mériter», plus l’amertume me gagne en contemplant des clampins de mon âge arborant une rosette prétentieuse sur le revers de leur veste, sans meilleure justification valable pour son obtention.

Et ne voilà-t-il pas, miracle, que l’occasion unique s’est présentée pour rattraper ce retard honorifique et boucher un coin à tous ces cuistres. En entrant au Panthéon, excusez du peu. En effet, le célèbre monument étant bien moins récent, mais tout aussi délabré que le Théâtre de Carouge, la Direction des monuments nationaux français a eu l’idée de confier à l’artiste JR le soin de s’occuper de la bâche devant recouvrir l’édifice pendant les dix ans de travaux de rénovation, en la «décorant» d’une mosaïque de portraits photographiques d’anonymes, récoltés çà et là en France et en Navarre.
 
Pendant dix ans, rendez-vous compte, c’est drôlement mieux que le quart d’heure promis par Andy Warhol. J’ai pourtant renoncé à participer au casting. La gloire, oui, la promiscuité, non. N’en déplaise à Victor Hugo, à Marie Curie et consorts, je choisis encore d’attendre, avant éventuellement de les rejoindre. Et, qui sait, ma légendaire modestie oblige, si je ne préférerai même pas, un jour, postuler à la succession du Soldat inconnu.
 
Jean-Charles Simon

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