29/03/2014

La retraite des réussis

simon.jpgLe passage à la retraite, sujet récurrent de cette modeste, mais devenue indispensable chronique, est un événement délicat à gérer. A part, bien sûr, pour les membres de la caste étroite des génies, on n’imagine évidemment pas Picasso, Erni, Kurt Masur, Bouteflika ou Patrick Lapp arrêter leur activité pour se mettre au jardinage.
 
Mais, pour tous les autres, cet instant est, soit merveilleux pour ceux qui ont gaspillé leur vie dans un travail détesté, soit horrible pour ceux qui redoutent que ce cap marque la fin de leur gloire. Parmi ceux-ci, à part certains animateurs radio, on trouve évidemment bon nombre de sportifs de haut niveau. J’écoutai, l’autre matin à la radio, l’ancien footballeur et psychologue Lucio Bizzini expliquer la difficulté pour eux de faire le deuil de la compétition. Il est vrai, que, même si leurs performances s’émoussent, ils se sentent encore en pleine forme, ils ne sont pas encore perclus d’arthrose et, pourtant, doivent s’imaginer désormais devenir chef du matériel de leur club, bistrotier, agent d’assurances ou, au mieux, consultant RTS.
 
On imagine leur désarroi, surtout quand ils sortent de la vie active à 30 ans et qu’il leur reste, à la louche, encore une soixantaine d’années à tirer, s’ils ne fument pas et qu’ils modèrent le pastis… La postcarrière risque de leur paraître fastidieuse…
 
Et tout le monde ne peut rêver d’un destin à la Yannick Noah, devenu héros de la patrie, un dimanche de mai à Roland-Garros et qui l’est resté, même reconverti en marchand de soupe.

15/03/2014

Toute la musique que j'aime

Autant dire les choses d’emblée, j’ai toujours adoré Johnny Hallyday. Sauf au tout début de sa carrière (juste après l’époque de «Kili Watch», pour mieux vous situer), où j’avoue que je lui ai fugacement préféré Claude François, conséquences de troubles prépubères passagers, sur lesquels je ne désire pas m’étendre plus longuement. Mais, à part cette parenthèse, j’ai toujours été un fan absolu. Même pendant sa période hippie, où Jojo tentait de cacher difficilement son cœur de rocker sous une ridicule tunique à fleurs, même le soir au Parc Lagrange, où, trop bourré pour chanter, il avait laissé le soin d’assurer la partie vocale à son choriste Eric Bamy.
 
Aussi, quand, récemment un fouille-poubelle, pardon, un journaliste d’investigation, après avoir calculé le nombre de jours passés effectivement par Johnny à Gstaad, avait eu le culot de conclure qu’il ne méritait plus son forfait fiscal, une bouffée homicide m’envahit. Et, même si, avant même la diffusion de cet immonde scoop, Johnny avait quitté l’Oberland bernois pour Los Angeles, la trace iconoclaste perdure encore.
 
Mais ce qui rendra Johnny immortel à mes yeux, mieux que tous ses concerts, mieux que tous ses titres mythiques, c’est cette phrase géniale qu’il prononça un jour et dont je n’ai compris la profondeur qu’après mon passage à la retraite: «Je n’ai pas le temps de penser, mais si j’avais le temps, je ne penserais à rien.»
 
J’échange l’œuvre complète de Cioran contre cet aphorisme.

08/03/2014

L’espoir s’envole de plus en plus tôt

La seule chose qui me console de vieillir, finalement, c’est de constater l’état dans lequel se trouve la jeunesse d’aujourd’hui. D’après un sondage réalisé par France Télévisions, trois quarts des jeunes interrogés pensent que leur vie sera pire que celle de leurs parents et ne croient plus à leur avenir. Vous me direz qu’il s’agit de la jeunesse française, et qu’il est normal d’imaginer un futur sombre pour ce pays. Mais je ne suis pas certain que, si le même sondage était fait en Suisse, le résultat serait très différent. Aujourd’hui, le virus de l’angoisse existentielle semble frapper de plus en plus précocement.


Par ailleurs, 60% des sondés sont si indignés par la situation qu’ils se disent prêts à descendre dans la rue à l’instar de Mai 68. Hélas, n’en déplaise au regretté Stéphane Hessel, j’ai peur que, là encore, leurs espoirs soient déçus. Car, moi, qui fus un soixante-huitard acharné (j’ai notamment participé courageusement à une mémorable manif devant le consulat de France à Genève qui fit vaciller le pouvoir gaulliste), je puis leur dire que la principale qualité du révolutionnaire en herbe est la totale absence de doute. Nous étions convaincus que nous allions changer la vie, et non pas rechercher la garantie d’un emploi fixe.


Bien sûr, on s’est trompés sur toute la ligne, mais qu’est-ce qu’on s’est fendu la poire…
Dans «révolution», il y a «rêve», et ce serait quand même un peu bête pour notre société d’en laisser le monopole aux seuls futurs kamikazes djihadistes.

01/03/2014

La beauté de la jeunesse du monde

SEB_5851.jpgCloué sur un lit de douleur et peu sensible au Tramal, j’ai, pour seule activité intellectuelle de cette dernière quinzaine, ingurgité toutes les retransmissions télévisuelles de Sotchi, à raison d’une douzaine d’heures par jour. C’est une expérience que je ne souhaite à personne, mais qui m’a permis au moins de changer d’avis sur les JO. Avant, je trouvais que leur seule véritable utilité était de servir d’ersatz à la guerre, en canalisant fugacement le chauvinisme stupide et la haine de l’autre. Le résultat n’était pas négligeable, bien sûr, mais, pour l’obtenir, il avait fallu se prosterner devant les potentats et oublier, pêle-mêle, la corruption, le gaspillage financier, les saccages écologiques et les droits de l’homme.

Et je découvris avec ravissement, grâce à de nouvelles disciplines, comme le skicross ou le halfpipe, une bande cosmopolite de jeunes gens, habillés comme l’as de pique, qui heureux d’être là, médaille ou pas médaille, simplement heureux de participer, aurait dit feu le baron de Coubertin. Bref, à mille milles de ces images traditionnelles de sportifs après l’effort, héros intouchables entrant au Panthéon ou victimes expiatoires au bord du suicide, suivant le résultat.
Cependant, si j’étais membre du CIO (ce qui ne saurait sans doute tarder, étant donné mon intérêt affiché pour cet aréopage), je ne me réjouirais pas trop vite de ce retour imprévu aux sources de l’olympisme. Car, dans l’avenir, je vois peu de pays désireux d’allonger 37 milliards d’euros pour uniquement permettre à une bande d’allumés de s’envoyer en l’air.

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