22/02/2014

Thèse, antithèse, prothèse

 

 
simom.jpgIl y a deux semaines, dans cette modeste chronique, j’avais commis une ode vibrante au progrès médical. Aujourd’hui, je puis vous l’avouer, certes, mon admiration était sincère, mais c’était aussi pour mettre le maximum de chances de mon côté en flattant les chirurgiens en général, et le mien en particulier. Car, ça y est, c’est fait, sous l’amicale pression d’amis déjà passés par-là, j’ai sauté le pas, je me suis fait poser un genou en titane ou en platine iridié, je ne sais plus. Quand je dis «j’ai sauté le pas», c’est une expression, bien sûr, trois jours après l’opération, le pas est encore hésitant et le saut, un vœu lointain. Mais j’ai bon espoir, car mon physio est si fier de moi qu’il m’exhibe dans les couloirs de la clinique, histoire de faire bisquer les autres patients. J’ai beaucoup hésité avant de me faire charcuter. Bien sûr, grâce à ça, je suis sûr que je pourrai désormais marcher vingt ans sans douleur. Mais une prothèse, c’est comme la poudre qui pète qu’une fois, vaut mieux choisir le bon moment. Après réflexion, j’ai pensé que c’était justement le bon moment. Et, le pire, j’ai vraisemblablement raison.
 
Dans notre existence, il nous faut toujours des événements heureux ou malheureux, comme autant de jalons, pour prendre vraiment conscience du temps qui passe. La retraite, un petit-fils qui naît, un copain qui meurt… L’étau se resserre…
 
Mais c’était la première fois que, objectivement, je devais me rendre froidement à l’évidence: un bout de métal garanti vingt ans devrait, selon toute vraisemblance, suffire à mon bonheur.

15/02/2014

Les conséquences perverses du clopet

JCHS.jpgLongtemps, non seulement je me suis couché de bonne heure, mais je m’endormais à la seconde comme un loir. Et c’était sans crainte que je pouvais faire mienne la phrase favorite d’un ami très cher: «Ce qu’il y a de plus profond en moi, c’est le sommeil.»

Mais, depuis quelques mois, inutile de le cacher, je cherche le sommeil. La preuve, je peux même regarder un épisode de «Dr House» jusqu’à la fin sans sombrer dans un sommeil cauchemardesque, rempli de victimes de maladies orphelines. Pire, il m’arrive même de me réveiller, à 2 heures du matin, sans raisons véritables. Que l’on souffre d’angoisses nocturnes à l’approche d’un entretien d’embauche, d’un premier rendez-vous ou d’un examen de matu, je peux comprendre, mais qu’elles me saisissent au moment même où mon seul contrôle délicat, désormais, est celui de ma glycémie, c’est particulièrement sot, on en conviendra.

Un affreux doute me saisit: et si ces insomnies incongrues étaient la conséquence perverse d’une des pratiques favorites des retraités, seul sport de mon existence pour lequel je semble très doué, la sieste postprandiale? Je serais alors confronté à un terrible dilemme: être condamné à attendre l’aube livide en regardant les passionnantes émissions de TF1 sur la chasse au sanglier, ou renoncer l’après-midi à «cette espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement», comme l’a si bien écrit Baudelaire.

Et moi qui me croyais arrivé à un âge enfin exempt de choix cornéliens…

01/02/2014

Chandelle dans le vent…

Dans «La crise», le film culte de Coline Serreau, Zabou, plongée dans une déprime noire, déclarait à son frère, Vincent Lindon, que, tout bien réfléchi, le seul moyen pour qu’elle s’en sorte était de se lancer dans l’humanitaire.
 
Cette scène désopilante est d’une cruelle vérité. Combien de fois, comme tout le monde, suite à une rupture sentimentale compliquée par quelques ennuis professionnels, n’ai-je pas eu cette tentation? Elle présente en effet trois avantages: ça change les idées, ça ne peut pas faire du mal aux populations souffrantes concernées et, surtout, ça permet d’améliorer radicalement votre image.
 
Ainsi, Coluche, après sa candidature avortée à la présidence de la République, s’était remis en selle avec les Restos du Cœur, passant d’un coup du statut de l’histrion aigri sombrant dans la came à celui de nouvel abbé Pierre. De même, il a suffi que Diana se retrouve outragée et abandonnée par le prince Mickey, pour se prendre d’un brutal intérêt pour la malnutrition infantile et atteindre immédiatement la notoriété de Mère Teresa dans la conscience populaire. Il n’est donc pas étonnant que «l’ex-première dame de France» se soit précipitée dans cette brèche. Et, sans coup férir, Valérie Trierweiler, de virago élyséenne, se retrouve promue réincarnation de la princesse susnommée. Il ne lui reste plus qu’à ralentir en entrant dans les tunnels pour espérer profiter longtemps de ce nouvel état.
 
Quant à Julie Gayet, prometteuse comédienne, je crains que ses futurs rôles désormais ne se réduisent qu’à celui, peu gratifiant, de Camilla, duchesse de Cornouailles.

 

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