14/12/2013

Blues dominical

SEB_5923.jpgLe débat sur le travail dominical me passionne. Il oppose les consommateurs compulsifs, qui ne supportent pas qu’on les empêche d’acheter leur canapé cuir à la minute où ils en ont envie, à une coalition hétérogène de chrétiens pur sucre et d’une partie du peuple de gauche, pourtant farouchement laïc, qui devrait donc se réjouir que les gens fassent du shopping, plutôt que d’aller en Son Temple, adorer l‘Eternel, mais qui redoute la moindre entaille portée aux acquis sociaux.

Lors de mon long parcours, j’ai moi-même été souvent de service le dimanche, sans que j’en puisse rendre en rien responsable des différents échecs de ma vie familiale ou sociale. Mais jamais le dimanche soir. Car, ce jour-là, à l’arrivée du crépuscule, je suis saisi, comme beaucoup je pense, d’un tel spleen qu’il faudrait l’intervention de la Gestapo pour m’obliger à sortir de chez moi. Le dimanche soir, c’est le triomphe du cocooning, cric crac, on s’enferme bien au chaud, on mange une fondue en regardant Zorro sur France 3, loin des méchants, du vent mauvais et des «lou-ou-oups» qui ont non seulement envahi Paris, mais aussi notre espace quotidien. Je suis d’ailleurs persuadé qu’une grande part de la popularité du GSsA vient du fait qu’on oblige les soldats à rejoindre leur caserne le dimanche soir. J’avais très peur que le passage à la retraite efface le bonheur de ce moment si particulier. Il n’en est rien, le blues dominical est si profondément fiché dans notre cerveau reptilien, que son intensité reste intacte, même quand tous les jours sont devenus des dimanches.