23/11/2013

Tu quoque mi fili!

 

 
 
 
Sébastien AnexLongtemps, mon plus grand regret fut celui de ne rien pouvoir transmettre à mes fils. A part, bien sûr, mon château en Sologne, mon riad à Marrakech, mon Falcon 2000, ma collection de tableaux de Jérôme Rudin et ces valeurs, fondamentales pour moi, homme de gauche, que sont la simplicité et le sens du partage.
 
Quand je dis «ne rien transmettre», rien de ma modeste expérience professionnelle, puisque celui de 7 ans a décidé d’embrasser la carrière de fromager et celui de 5 a fermement l’idée de devenir, selon son expression, «vétérinaire pour hommes».
 
Je nous rêvais déjà tous les trois, triomphant ensemble sur les planches. A défaut, j’aurais au moins aimé les faire rentrer à la radio. C’était d’autant plus rageant que le népotisme n’a jamais été le fléau combattu prioritairement au sein de cette entreprise.
 
Puis j’ai fini par me convaincre qu’il est plus simple de voir sa progéniture emprunter d’autres voies. Grâce à Guy Bedos, figurez-vous. Car, voilà un homme qui toute sa vie a tenté courageusement de concilier l’inconciliable, l’humour et le militantisme. Son fils Nicolas débarque sur la scène, plus drôle et beaucoup plus télégénique, et le père, dans son spectacle, se sent obligé de verser dans l’insulte la plus vulgaire pour tenter de régater encore un instant médiatiquement.
 
Depuis, il s’est excusé de ce dérapage, mais, quand un humoriste est obligé de préciser que ses propos sont pour rire, il y a un sacré lézard. Le dernier tour de piste d’un vieux clown est souvent de trop. Surtout quand il a engendré Brutus.

09/11/2013

De la fumée sans feu

New_JeanCharleSiomon.jpg Mes premiers contacts avec le tabac datent de ma prime enfance. Grâce à ma tante Jeannine, qui, dans son Opel Olympia, fumait comme un haut fourneau des Players au paquet bleu ciel. A l’époque, hélas, la fumée passive n’existait pas encore, sinon pratiquement toute la génération des «baby-boomers» eût été éradiquée, et la pérennité de l’AVS serait assurée pour un bon moment. Ensuite, il y eut la Virginie qu’on fumait en cachette dans la grange. Là encore, le danger du cancer semblait infiniment moins probable que celui de mourir carbonisé dans l’incendie du bâtiment bourré de foin. Puis Mai 68 arriva, et, avec lui, la Pall Mall rouge, souvent mélangée à des produits moins nocifs que le tabac, tous les partisans de leur légalisation vous le diront.

Quelques années plus tard, j’arrêtai carrément d’acheter des cigarettes et me consacrai à fumer celles des autres. Pas uniquement par pingrerie, mais parce qu’ainsi je diminuai drastiquement ma consommation quotidienne. Cette situation perdura jusqu’à l’été dernier, où je cessai complètement de fumer. Pour deux raisons: d’abord, parce qu’ayant avoué à mon cardiologue cette innocente pratique, il me regarda avec les yeux du juge d’instruction recevant les premiers aveux de Marc Dutroux et, surtout, parce que tous mes copains fumeurs se sont mis à la cigarette électronique. Ils sucent désormais voluptueusement une espèce de stylo distillant de la vapeur aromatisée à la cannelle. Et une cigarette électronique, c’est comme une brosse à dents, ça ne se prête pas. Aujourd’hui, Denis Papin a enterré Jean Nicot et la fumée ne tue plus. Le ridicule non plus.

02/11/2013

Réflexions spontanées

J’ai beau faire des efforts considérables, tel le nageur au large de la plage d’Hossegor cherchant à rejoindre le rivage par grosse marée, je sens que la «modernitude», comme dirait Ségolène Royal, s’éloigne de moi. Ainsi, j’ai peine à l’avouer, je ne sais pas tweeter, pire, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’apprendre. Car autant je me damnerais pour balancer une vacherie à la Laurent Baffie lors d’une conversation entre amis, surtout avec un verre dans le nez et si ces amis sont socialistes, autant je me méfie de ceux qui ont la vanité de vouloir immédiatement transmettre par écrit au monde entier leur réaction instinctive suite à un événement quelconque. «Verba volant, scripta manent», et je me méfie des réactions instinctives.
 
On a beau me dire qu’aujourd’hui, de Nabilla au pape en passant par Alain Berset, tout le monde «tweete», cela ne me rassure pas vraiment. Pour Nabilla ou le pape, passe encore, les conséquences ne peuvent être considérables, mais, pour un conseiller fédéral, c’est une autre chanson. Il me semble que la spontanéité ne devrait pas forcément être sa qualité première…
 
Et je ne peux oublier l’histoire qu’un proche d’Antoine Riboud m’a racontée un jour. Le patron historique de BSN-Danone, quand il recevait pour un entretien d’embauche un hypothétique futur cadre, posait toujours la même question: «Le matin, pour vos ablutions, prenez-vous un bain ou une douche?» Invariablement, pour montrer son dynamisme matutinal et son horreur du temps gaspillé, le postulant répondait: «Une douche, bien sûr, président!» Riboud le regardait alors pensivement et lui disait: «Ah, vous n’aimez donc pas réfléchir…»

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