26/10/2013

Destination Compostelle

Le philosophe André Comte-Sponville a l’habitude de dire que les hommes se divisent en trois catégories: ceux qui croient que Dieu existe, qui sont des croyants, ceux qui doutent que Dieu existe, qui sont des agnostiques, et ceux qui savent que Dieu n’existe pas, qui sont des cons.

Me classant modestement dans la deuxième catégorie, j’ai jusqu’à présent refusé, malgré l’insistance de quelques contemporains et néanmoins amis, de me lancer dans ce qui est désormais le projet phare de tout nouveau retraité branché: partir sur les chemins de Compostelle.

Pour trois raisons. D’abord, à cause de mon manque de besoin de transcendance évoqué plus haut, bien sûr. Mais cet argument, qui me semblait pourtant rédhibitoire, a été rapidement balayé. On m’a fait gentiment comprendre qu’aujourd’hui les pèlerins traditionnels, estampillés chrétiens convaincus, sont noyés dans une marée de marcheurs ordinaires, que la quête du tombeau de saint Jacques a été remplacée par une espèce de long Morat-Fribourg, le mystérieux chemin rédempteur de naguère par le simple GR 65, et les vapeurs d’encens par l’odeur d’embrocation.

Ma deuxième réticence vient du fait que la grande majorité de ces amis sont aussi golfeurs et que je me vois très mal subir, quarante longues soirées de suite au bivouac, les mêmes conversations insipides entendues dans un club-house.

Enfin, et c’est évidemment la raison la plus sérieuse, parce que mon arthrose du genou gauche commence à me faire un mal de chien. Au point que je me demande si, à Compostelle à pied, je ne vais pas préférer Lourdes en train. 

Jean-Charles Simon

12/10/2013

Pénible évaluation

Que l’âge de la retraite soit fixé en fonction de la pénibilité du travail accompli est sans aucun doute une excellente idée. La difficulté commence au moment de l’évaluation de ladite pénibilité. Bon, pour un mineur de fond ou un maçon aux doigts et poumons rongés par le ciment, ou un terrassier à Fukushima, ou un entraîneur au FC Sion, la réponse est simple, encore que, dans les deux derniers cas, il faille aussi prendre en compte la durée de l’engagement. Mais, à part ces quelques exemples, qu’est-ce qu’un métier pénible? Et la «pénibilité» est-elle synonyme de «dangerosité», est-elle même identique pour l’ensemble d’une corporation?

Ainsi, l’activité d’un chauffeur de bus dans les quartiers nord de Marseille est-elle comparable à celle de son collègue genevois, maintenant que Michèle Künzler a renoncé au Conseil d’Etat? Celle d’un professeur d’origami au Domaine de La Gracieuse à celle d’un prof d’allemand d’une classe de pubères armés jusqu’aux dents, prêts à dégainer au moindre regard désobligeant? Celle d’un braqueur du caissier de la Raiffeisen de Horgen à celle d’un bijoutier niçois?

Comme me disait récemment Jean Ziegler, avec son humour teinté d’autodérision habituel: «Finalement, les deux seules professions dont on est sûr qu’elles ne sont pas pénibles du tout, c’est sociologue et animateur radio.» «A voir», pensai-je, car il faudrait aussi songer à la pénibilité de nos auditeurs, qui inexorablement croît avec le temps. Mais Jean paraissait si heureux de sa récente nomination à 79 ans au comité du Conseil des droits de l’homme que j’évitai la cruauté de lui faire la remarque.

05/10/2013

Bienvenue au club!

 A vrai dire, je n’ai jamais été très «club». Je me suis toujours refusé à rejoindre le Lion’s, le Rotary, ou le Guillon, les Francs-maçons, les Amateurs du cigare ou même de l’andouillette AAAAA. Notez que je n’ai pas un immense mérite, vu qu’on ne m’a jamais sollicité pour en faire partie. N’empêche, je suis un peu comme Groucho Marx: je ne saurais considérer un club qui m’accepterait comme membre. Les seules exceptions furent les différents golfs que, au cours de mon nomadisme domiciliaire, je dus fréquenter momentanément pour exercer cette dispendieuse activité de plein air.


C’est donc avec une certaine surprise que j’ai appris que, depuis quelques semaines, et quasi à l’insu de mon plein gré, pour reprendre la formule célèbre, j’avais rejoint un club en pleine expansion, celui pudiquement appelé des «Seniors». Et j’ai bien peur qu’il ne s’agisse aussi d’une sorte de club-service.


En effet, le thème du débat auquel j’eus le plaisir de participer l’autre soir à Morges, dans le cadre du Salon «Connect Seniors», était intitulé «De la nécessité du bénévolat?» Or, la conclusion à laquelle nous arrivâmes est que le bénévolat est non seulement indispensable au bon fonctionnement de la société, ce que je subodorais déjà, mais aussi pour le confort psychique du retraité, en lui donnant en quelque sorte un nouveau statut d’utilité citoyenne.

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