12/10/2013 09:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pénible évaluation

Que l’âge de la retraite soit fixé en fonction de la pénibilité du travail accompli est sans aucun doute une excellente idée. La difficulté commence au moment de l’évaluation de ladite pénibilité. Bon, pour un mineur de fond ou un maçon aux doigts et poumons rongés par le ciment, ou un terrassier à Fukushima, ou un entraîneur au FC Sion, la réponse est simple, encore que, dans les deux derniers cas, il faille aussi prendre en compte la durée de l’engagement. Mais, à part ces quelques exemples, qu’est-ce qu’un métier pénible? Et la «pénibilité» est-elle synonyme de «dangerosité», est-elle même identique pour l’ensemble d’une corporation?

Ainsi, l’activité d’un chauffeur de bus dans les quartiers nord de Marseille est-elle comparable à celle de son collègue genevois, maintenant que Michèle Künzler a renoncé au Conseil d’Etat? Celle d’un professeur d’origami au Domaine de La Gracieuse à celle d’un prof d’allemand d’une classe de pubères armés jusqu’aux dents, prêts à dégainer au moindre regard désobligeant? Celle d’un braqueur du caissier de la Raiffeisen de Horgen à celle d’un bijoutier niçois?

Comme me disait récemment Jean Ziegler, avec son humour teinté d’autodérision habituel: «Finalement, les deux seules professions dont on est sûr qu’elles ne sont pas pénibles du tout, c’est sociologue et animateur radio.» «A voir», pensai-je, car il faudrait aussi songer à la pénibilité de nos auditeurs, qui inexorablement croît avec le temps. Mais Jean paraissait si heureux de sa récente nomination à 79 ans au comité du Conseil des droits de l’homme que j’évitai la cruauté de lui faire la remarque.

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