29/06/2013

Hommage aux comités Théodule

Depuis septembre dernier, cette chronique se voulait être le prolongement d’une émission hebdomadaire éponyme sur la Première. C’est le dernier numéro prévu, ce qui tombe finalement bien puisque demain sera diffusée (mais est-ce vraiment une coïncidence?) la dernière de «Somme toute», qui sera aussi mon ultime intrusion radiophonique. Aussi, pour souligner cette échéance marquante, sinon de la RTS, du moins plus modestement de ma vie personnelle, j’aimerais rendre hommage à ceux sans qui le métier de «radionaute», pour reprendre l’expression favorite d’un grand serviteur de la radio en Suisse romande, Jacques Donzel, n’aurait aucune légitimité, j’ai nommé les auditeurs.


Longtemps, les passionnés de radio se contentèrent de l’écouter, seuls ou en famille, fascinés par l’œil vert d’un poste à la sonorité nasillarde et généralement recouvert d’un napperon de dentelle. Puis on eut l’idée de récompenser leur fidélité; on inventa, histoire de les fédérer, le Club des amis de la radio, à Genève comme à Lausanne, et on leur octroya le privilège incroyable de pouvoir assister à l’enregistrement des concerts d’André Claveau. Enfin en 1980, on créa les sociétés cantonales des auditeurs (SRT), qui obtinrent un rôle consultatif dans différents organismes de direction. C’est ainsi que ces auditeurs distingués purent donner leurs avis sincères, certes, mais souvent parfaitement inutiles sur les programmes. On atteint ainsi d’un coup les limites de la participation citoyenne. Je suis membre du programme de fidélité «Miles & More» de Swiss, mais il ne me viendrait pas à l’esprit de prodiguer des conseils de pilotage aux membres des équipages Airbus. Somme toute…

22/06/2013

Va, je ne te hais point («Le Cid», III, 4)

 
Les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, à la minute où j’écris ces quelques lignes, ne sont pas rassurantes, ce serait ridicule de le prétendre, mais ne sont pas immédiatement alarmantes. Le vieux lutteur fait une fois de plus la preuve de sa pugnacité. Hélas, son combat l’oppose désormais, à une adversaire réputée invincible. Alors, si, en Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît, que pourra-t-on dire à l’heure de sa disparition probable, sinon prochaine?

Pour «Somme toute», j’avais rencontré, au courant du mois d’octobre, Jacques Moreillon, ancien directeur général du CICR, qui avait plusieurs fois rendu visite à Nelson Mandela dans sa prison de Robben Island. Il nous avait confié alors que le trait de la personnalité de Mandela qui l’avait peut-être le plus impressionné, c’était son absence totale de haine envers ses adversaires. Cette attitude admirable est rarissime, car ce qui devrait pourtant constituer l’évidente différence entre le militant de base et tout homme d’Etat qui se respecte, ne constitue pas la vertu cardinale de tous les dirigeants.

En tout cas, c’est ce qui permit à l’Afrique du Sud d’échapper, jusqu’à présent, au bain de sang généralisé. Mais, l’équilibre est fragile, et l’on peut nourrir quelques soucis pour l’après- Mandela, la haine couve peut-être toujours sous la cendre. Nul n’a notamment oublié les déclarations tonitruantes de celle qui fut son épouse pendant trente-huit ans, Winnie Madikizela Mandela («Un Boer, une balle» ou «avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays»). L’avenir est sombre… Le génie politique et la hauteur de vue ne sont ni héréditaires, ni sexuellement transmissibles.

09:41 Publié dans Blog | Tags : matin, invite | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2013

Un merveilleux fou volant dans sa drôle de machine…

Je n’ai jamais pris le Concorde, et, selon toute vraisemblance, à moins d’un gain inopiné à l’EuroMillions, je n’aurais jamais eu ce privilège.

Pourtant, ce 25 juillet 2000, en apprenant l’accident de Gonesse, nous fûmes nombreux à être saisis d’une grande émotion, qui allait bien au-delà de la compassion habituelle envers les victimes d’un crash aérien. Peut-être parce nous sentions confusément qu’avec cet accident nous allions changer de paradigme, abandonner le culte du progrès invincible, du toujours plus vite, toujours plus cher.

Et fini le sentiment odieux, peut-être, mais délicieux, d’appartenir à une caste supérieure rien qu’en pénétrant dans une aérogare, avant de flâner au Duty Free Shop pour finalement acheter une bouteille de Glenfiddich. En attendant de monter à l’heure prévue dans un jet rutilant, où, à peine sanglé sur un siège en vrai cuir, sentant quelquefois un peu le vomi, il est vrai, vous receviez d’une créature de rêve, aux jambes interminables, un jus d’orange et un chocolat Swissair…

Aujourd’hui, les avions sont devenus des bétaillères, dans lesquelles on nous entasse à la fourche, évidemment en retard, et comme on a payé trois francs six sous, on ravale toute protestation. L’avion, c’est comme le golf, depuis que tout le monde en fait, ce n’est plus du tout marrant.

Il est urgent que des visionnaires inventent de nouvelles drôles de machines volantes. Pour «Somme toute», j’ai rencontré Claudio Leonardi, qui développe, dans le cadre de l’EPFL, son projet «Clip Air». Génial. Bien plus qu’un simple avion, c’est une conception globale et révolutionnaire du transport aérien. Enfin, une nouvelle façon de rêver.

Somme toute…

Jean-Charles Simon, producteur radio
"Somme toute...", tous les dimanches à 13h sur la Première.

08/06/2013

L’onction du suffrage universel

Ainsi donc demain, au soir de la votation, nous connaîtrons le mode d’élection des futurs conseillers fédéraux.

«Elu par le peuple, le gouvernement sera plus «légitime», donc condamné à être meilleur, et son efficacité se verra notablement augmentée», clament les partisans de l’initiative. «Au contraire, cela rendra les ministres plus vulnérables à la dictature des sondages et donc encore plus enclins à la démagogie», glapissent les opposants.
 
Mais serait-ce pour autant un renforcement de cette part de démocratie directe que nous envient tant nos voisins d’outre-Jura? Ne serait-ce pas plutôt une simple illustration de l’inéluctable glissement de la démocratie représentative classique, qui semble ne plus suffire, vers cette démocratie dite «participative», qu’on appelle aussi maintenant dans l’Hexagone la «démocratie citoyenne»? Ce concept à la mode est finalement très différent de celui de la démocratie directe, puisqu’il permet aux dirigeants de laisser la possibilité à leurs citoyens d’exprimer leur mécontentement, en évitant soigneusement le vote sanction, inévitable dans le contexte, qui surviendrait en cas de référendum, quelle que soit la question posée.
 
Si «la démocratie, c’est le droit de n’importe qui», comme le rappelait Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, dans un exposé passionnant qu’il donnait jeudi dernier à Fribourg sur le rôle incertain de la presse de demain en général et l’avenir radieux de Mediapart en particulier, alors, la «démocratie citoyenne» est le droit bien pratique pour les élus de laisser n’importe qui dire sans aucun danger n’importe quoi. La démocratie directe light. Somme toute... 

01/06/2013

Même les vainqueurs descendent de leur piédestal

Je ne me souviens plus précisément quand je cessai de croire au Père Noël. Mais je pense que cet événement arriva, selon toutes vraisemblances, dans le préau de l’école enfantine de la rue du Môle, aux Pâquis. C’est un copain moins naïf, ou qui avait un grand frère, qui dût m’ouvrir brutalement les yeux. Ce fut mon premier crève-cœur et je commençai alors à comprendre que la Vie n’est qu’une suite ininterrompue d’illusions perdues. Néanmoins, ma nature ayant horreur du vide, je remplaçai immédiatement le Père Noël grâce à un bouquin volé à mon père, intitulé «Annapurna, premier 8000 mètres», récit de l’expédition française victorieuse menée par Maurice Herzog en 1950. Et dès lors, Herzog, et ses coéquipiers Lachenal, Terray et Rébuffat, devinrent mes nouveaux dieux. Ils firent naître en moi l’admiration sans bornes que je porte aux grands grimpeurs himalayens. Pour «Somme toute», j’ai demandé à Etienne Fernagut, amoureux fou de montagne, de revenir sur cette épopée superbe et tragique qui avait tant bercé notre enfance. Mon culte pour ces surhommes perdura bien plus que celui pour le Père Noël. Même le buzz fait autour du récent livre de sa fille, qui le révélait comme un monstre d’égoïsme, n’avait pas réussi à entamer ma fascination pour Maurice Herzog. Et il fallut cette rixe impensable entre des sherpas et un guide bernois sur les pentes même de l’Everest pour que mes illusions concernant l’univers himalayen vacillent enfin. Depuis que le Toit du Monde est devenu une autoroute, il n’est finalement pas étonnant que les grimpeurs se comportent comme de vulgaires automobilistes.

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