08/06/2013 10:41 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’onction du suffrage universel

Ainsi donc demain, au soir de la votation, nous connaîtrons le mode d’élection des futurs conseillers fédéraux.

«Elu par le peuple, le gouvernement sera plus «légitime», donc condamné à être meilleur, et son efficacité se verra notablement augmentée», clament les partisans de l’initiative. «Au contraire, cela rendra les ministres plus vulnérables à la dictature des sondages et donc encore plus enclins à la démagogie», glapissent les opposants.
 
Mais serait-ce pour autant un renforcement de cette part de démocratie directe que nous envient tant nos voisins d’outre-Jura? Ne serait-ce pas plutôt une simple illustration de l’inéluctable glissement de la démocratie représentative classique, qui semble ne plus suffire, vers cette démocratie dite «participative», qu’on appelle aussi maintenant dans l’Hexagone la «démocratie citoyenne»? Ce concept à la mode est finalement très différent de celui de la démocratie directe, puisqu’il permet aux dirigeants de laisser la possibilité à leurs citoyens d’exprimer leur mécontentement, en évitant soigneusement le vote sanction, inévitable dans le contexte, qui surviendrait en cas de référendum, quelle que soit la question posée.
 
Si «la démocratie, c’est le droit de n’importe qui», comme le rappelait Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, dans un exposé passionnant qu’il donnait jeudi dernier à Fribourg sur le rôle incertain de la presse de demain en général et l’avenir radieux de Mediapart en particulier, alors, la «démocratie citoyenne» est le droit bien pratique pour les élus de laisser n’importe qui dire sans aucun danger n’importe quoi. La démocratie directe light. Somme toute... 

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