25/05/2013

L’aventure, c’est l’aventure

jean-charles_simon.jpgDe nature plutôt pusillanime, j’ai toujours terriblement jalousé ceux qui osent bousculer constamment le train-train de leur existence, pour qui, la vie ne mérite d’être vécue que si elle est imprévisible, bref, qui sont convaincus que «tout ce qui est fixe se délabre, tout ce qui est mouvement demeure», comme dit François Hollande (ou Jean Tinguely, je ne sais plus…). Ces gens-là constituent mon Panthéon personnel. Bon, je les admire tous, mais avec une intensité variable selon les cas. Ainsi, j’ai vibré bien sûr pour Alinghi, mais je me dis que si j’étais milliardaire, je serais aussi capable de claquer une infime partie de mon pognon pour remiser quelques mois la Coupe de l’America dans une vitrine de La Nautique. Je suis bien plus enthousiaste face aux exploits de Bertrand Piccard, dont la composante «éthique pour la planète» me semble indubitablement plus intéressante. Mais, je ne l’envie pas vraiment non plus. Dans sa famille, on possède le chromosome de l’héroïsme, et que voulez-vous faire contre l’atavisme? Non, celui qui me rend baba, c’est l’aventurier ordinaire, le type comme vous et moi au départ, qui, un beau jour, a une idée, en fait un projet et, surtout, surtout, qu’il finit par accomplir. Comme Raphaël Domjan, celui qui a conçu toute l’aventure de «PlanetSolar». Dans «Somme toute», il nous racontera comment, en constatant la fonte d’un glacier en Islande, il eut l’idée de son tour du monde à bord d’un bateau propulsé à l’énergie solaire.
Moi aussi, je suis allé en Islande, moi aussi, j’ai contemplé longuement le même glacier. J’ai trouvé le spectacle grandiose, certes. Puis je suis rentré à l’hôtel manger des langoustines. N’est pas aventurier qui veut. Somme toute… ●
gL’aventurier ordinaire qui, un beau jour, a une idée, en fait un projet et, surtout, qui le réalise…

18/05/2013

Sombre dimanche…

Quand, ce 6 décembre 1992, Jean-Pascal Delamuraz, d’une voix sépulcrale, nous signifia officiellement le résultat de la votation, on comprit parfaitement qu’on avait fait une grosse bêtise. Enfin, quand je dis «on», pas nous, bien sûr, mais les vieux, les ruraux, les analphabètes, les réacs… les Suisses allemands, quoi… Notre vote n’avait pas suffi. Le grand défaut de la démocratie éclate au grand jour quand la majorité a tort, c’est-à-dire d’un avis contraire au nôtre. Et on nous annonça que nous allions entrer dans une période de cataclysmes et de disette, que, bientôt ostracisés par nos voisins, l’asphyxie économique nous guettait, sans compter qu’une guerre civile, à côté de laquelle celle du Sonderbund n’avait été qu’une aimable joute amicale, ne manquerait pas d’éclater. Pour «Somme toute», un des plus fins observateurs de la politique fédérale, notre estimé confrère du «Matin Dimanche» Daniel S. Miéville, revient sur ce dimanche noir, auquel il a d’ailleurs consacré un ouvrage qui vient de paraître aux Presses polytechniques et universitaires romandes.

Vingt et un ans plus tard, on constate bien sûr que les relations avec l’UE sont difficiles, mais qu’on a évité la guerre civile. Si la votation était à refaire, l’embêtant, c’est que, selon toute vraisemblance, le résultat serait le même, mais beaucoup plus net. Pis, si on l’organisait parmi les pays membres de l’UE, beaucoup répondraient de la même façon. Preuve, sans doute, que l’Europe est une idée difficile, «qu’il ne suffit pas de sauter sur sa chaise et crier comme un cabri: l’Europe, l’Europe…», comme disait le Général, et «qu’il faut laisser du temps au temps», comme disait Mitterrand. Somme toute…

 

09:32 Publié dans Blog | Tags : invité, matin | Lien permanent | Commentaires (0)

04/05/2013

La mort-vache

Ainsi donc, douze ans et plus de deux cents décès plus tard, la Commission européenne a décidé d’autoriser de nouveau, à partir du 1er juin prochain, l’usage des farines animales. L’interdiction coûtait trop cher et les déchets s’accumulaient. Mais, bien entendu, ce ne seront plus les mêmes farines d’avant la crise de la vache folle. Avant, on utilisait n’importe quelle carcasse d’animal sans distinction et, en plus, on ne poussait pas trop haut le chauffage, histoire d’économiser le fuel pendant la fabrication, ce qui avait la fâcheuse conséquence de préserver le méchant prion, coupable des regrettables effets secondaires observés.

Fini tout ça, juré. Les nouvelles farines seront chauffées suffisamment et élaborées exclusivement à partir de restes d’animaux d’abattoir, certifiés propres à la Consommation, et surtout, on évitera tout «cannibalisme», en donnant, par exemple, de la farine de poulet qu’aux poissons ou aux porcs, et vice versa. Comme ça, si naguère le poulet industriel avait le goût de poisson, désormais le poisson d’élevage aura le goût du poulet, ce qui sera un sacré progrès. Pour «Somme toute», j’ai voulu demander à Pascal Corminboeuf, ancien conseiller d’Etat fribourgeois, chargé de l’agriculture, et paysan lui-même, s’il était vraiment rassuré et si on pourra un jour faire de nouveau confiance à ce qu’on mange.

Faisons un rêve: et si la cupidité sans limites de l’industrie agroalimentaire finissait par se retourner paradoxalement au bénéfice du consommateur? Par exemple, si la substitution du bœuf par le canasson roumain dans les lasagnes congelées diminuait
le nombre des victimes de la maladie
de Creutzfeld-Jacob? Somme toute…

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