27/04/2013

La Rose d’Or, ne la réveillons plus…

En ce temps-là, on osait encore l’appeler le huitième art. Cela signifie sans doute que les programmes de télévision contenaient alors une part de création, qui se nichait surtout dans les émissions de divertissement. Or le divertissement a toujours été considéré par les dirigeants de télévision, issus souvent de la caste journalistique, comme une maladie honteuse.
 
Ils ne comprenaient pas qu’on puisse galvauder cette belle invention dans de vulgaires gaudrioles concoctées par des gugusses incultes. En plus, le divertissement avait encore un autre défaut: il coûtait cher à fabriquer. Sa seule raison d’être, c’est qu’il rameutait souvent de nombreux téléspectateurs. C’est sans doute la raison qui fit se réunir certains producteurs TV, un beau jour de mai 1961, à Montreux, pour confronter leurs plus beaux programmes dans une compétition qui se voulait prestigieuse, le Festival de la Rose d’Or.
 
Avec Guillaume Chenevière, ancien directeur de notre télévision, nous revenons dans «Som-
me toute» sur cet événement annuel qui, de 1961 à 2003 (année où la «Rose» partit, attirée par les sirènes lucernoises), nous permit de découvrir, entre autres, les Monty Python, Benny Hill et Mr Bean. En 2013, la Rose d’Or aura lieu à Bruxelles. Ecartelée entre le festival «bling-bling» de Monte-Carlo et la foire à l’empoigne du MIPTV de Cannes, a-t-elle vraiment encore une raison d’exister? J’en doute. En matière de divertissement, il y a belle lurette que nos chaînes ont renoncé à innover et ne diffusent plus que des franchises achetées à prix d’or. La création est désormais en amont. Somme toute… 

20/04/2013

Quand le Mirage était pris en grippe…

Ce jour-là, le conseiller fédéral Paul Chaudet était légèrement tendu. C’était assez compréhensible, puisqu’il devait, devant les caméras de la télévision, répondre aux questions de Claude Torracinta sur les 576 millions supplémentaires qu’allait nous coûter l’achat de notre nouvel avion de combat enfin supersonique. Calmement, il justifia le choix de la Confédération, en répétant que le Mirage III était sans conteste le meilleur appareil du marché, que grâce à lui la Suisse allait enfin pouvoir disposer d’une couverture aérienne moderne et que le dépassement, certes conséquent, était dû à des demandes d’équipements supplémentaires, donc qu’il fallait le considérer comme un investissement supplémentaire et non comme un vulgaire gaspillage. Bref, il tenta de se monter serein, mot qui, pour un homme politique sur la sellette, signifie «avoir la tête sur le billot». Paul Chaudet n’échappa pas à la règle, et deux ans et quelques colonels-fusibles plus tard, il fut contraint de démissionner. Et le scandale des Mirage resta gravé à jamais dans notre mémoire.
 
Notre invité de dimanche dans «Somme Toute», l’ancien chef de l’armée, le commandant de corps Christophe Keckeis, était trop jeune pour avoir vécu cette affaire de l’intérieur (il se rattrapera par la suite avec d’autres psychodrames). En tant que pilote de Mirage lui-même, il insiste sur l’excellence de l’avion qui, pendant plus de trente ans, accomplira à la perfection ses différentes missions. C’est vrai, cela aurait pu être bien pire: comme nos amis allemands, nous avons failli acheter des F104 Starfighter, qui avaient la fâcheuse tendance de confondre attaque au sol et simple crash. Plaie d’argent n’est pas mortelle. Somme toute…

13/04/2013

Et un, et deux, et trois zéro…

Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille, disait Jacques Chirac. C’est ce que les Valaisans pourraient penser aussi, depuis quelque temps.

Rendez-vous compte, les effets bénéfiques incontestables pour le canton de l’arrêté Bonny ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir, l’acceptation de l’initiative Weber les avaient cueillis sèchement, tel un uppercut au menton du regretté Ray Sugar Robinson, et comme si cela ne suffisait pas, le résultat de la votation sur la LAT, les a laissés k.-o. pour le compte.

Au point que certains penseraient sérieusement à faire sécession, et qu’un mouvement du type Lega pourrait naître bientôt dans ce pays merveilleux où l’alpe blanche jusqu’aux cieux, élève son front couronné. C’est du moins ce que nous déclare notre invité de dimanche dans «Somme toute», l’ancien conseiller aux Etats valaisan et actuel président de la commune d’Anniviers, Simon Epiney. Pour lui, ces coups de massue sont le signe significatif du déclin inéluctable de la solidarité confédérale et d’une volonté de la Suisse urbaine pour dicter la conduite à un peuple heureux jusque-là, ami de la simplicité, intrépide et laborieux, gardant sa foi, sa liberté.

Ce n’est pas faux, bien sûr, et cette arrogance citadine n’est pas seulement insupportable, elle est aussi dangereuse pour la pérennité de nos institutions. Mais, a contrario, peut-on vraiment faire totalement confiance aux pêcheurs pour préserver le thon rouge, à un ministre socialiste pour la transparence fiscale, aux pontes de l’UCI pour éradiquer le dopage dans le vélo et aux descendants des promoteurs d’Aminona pour défendre la notion de développement durable et d’aménagement du territoire? Somme toute…

06/04/2013

Si tu vas à Rio

Ils étaient venus, ils étaient tous là, il y avait même George Bush, le père maudit, elle allait mourir, la Planète… C’était le 3 juin 1992 à Rio. Pour la première fois vraiment, les grands de ce monde prenaient conscience de l’urgence de la situation et signaient convention sur convention, pour la biodiversité, le développement durable et contre le changement climatique.

On allait voir ce qu’on allait voir. Vingt ans plus tard, les mêmes, ou presque, se retrouvèrent à Rio. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’enthousiasme avait légèrement faibli. En vingt ans, les réalités économico-politiques avaient repris le dessus. On le sait, le seul moyen de prolonger la durée d’un système serait de freiner l’augmentation d’entropie.

Mais la question est de savoir comment faire… Il faudrait un changement complet de paradigme, comme dit Philippe Roch, l’invité de «Somme toute» ce dimanche, qui, à l’époque, en tant que directeur de l’Office fédéral de l’environnement, était présent à Rio, et qui se définit lui-même joliment comme un «objecteur de croissance».

Ah, cette fameuse croissance! Au lieu de promettre son retour orbi et urbi, des trémolos dans la voix, nos chers dirigeants devraient se réjouir comme des fous qu’elle soit miraculeusement nulle pour l’instant. Mais allez dire ça aux pays émergents!

Quant à nous, les riches, il ne nous sert à rien d’imaginer des véhicules plus propres si on en produit plus. Et, s’il a fallu le drame de Fukushima pour qu’on se décide à sortir du nucléaire, sa première conséquence est l’augmentation du nombre de centrales thermiques en construction. On échange simplement le danger nucléaire contre un surcroît de CO2 émis. C’est ce qu’on appelle reculer pour mieux sauter.

Somme toute…

"Somme toutes", tous les dimanche à 13h sur la Première.

 

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