26/01/2013

Putain de camion…

En cette fin d’après-midi du 19 juin 1986, quand un flash spécial annonça la mort de Coluche dans un stupide accident (mais y en a-t-il qui ne le soient pas…), l’émotion fut considérable. Et les hommages unanimes plurent immédiatement de toutes parts. C’était bien la preuve que Michel Colucci, l’ex-petite frappe de Montrouge, le comédien du Café de la Gare qui avait souvent le vin mauvais et le caractère irascible, le toxicomane dépressif, l’insupportable sapeur des valeurs républicaines, avait enfin accompli sa rédemption. Cela n’avait pas été sans mal. J’ai demandé à Thierry Meury, qui, par certains côtés, me fait penser à Coluche, mais qui n’a pas de moto, Dieu merci, et qui, lui, est toujours bon camarade, d’évoquer pour «Somme toute» ce tragique destin.
Pour évaluer la popularité d’un individu, deux paramètres sont indispensables: la notoriété et l’estime. La notoriété, c’est le pourcentage des gens qui vous connaissent spontanément, l’estime, c’est la place que vous tenez dans leur cœur.
Coluche avait dynamité l’humour audiovisuel. Tous les autres comiques étaient brusquement devenus démodés. Il avait ainsi atteint une notoriété inouïe, mais il divisait encore l’opinion: «Il est si vulgaire», disaient ses détracteurs, qui confondaient évidemment grossièreté et vulgarité.
Il fallut d’abord qu’il montre qu’il était capable de jouer des rôles tristes («Tchao pantin», qui lui valut un césar) et surtout qu’il ait l’idée géniale, peut-être soufflée par son producteur, des Restos du Cœur, pour enfin accéder au statut envié d’une Mère Teresa ou d’un abbé Pierre. Un clown doit toujours enlever son nez rouge pour prouver aux gens qu’il est un homme bien. Somme toute…●

 «Somme toute…» Tous les dimanches, à 13 h

19/01/2013

L’enfance volée

C’est le titre du plus gros succès du cinéma suisse en 2011. C’est aussi le titre d’une exposition itinérante, qu’on peut actuellement visiter au Musée cantonal de Saint-Gall, après son passage à Fribourg l’an dernier et en attendant sa prochaine arrivée à Genève. Cette enfance volée, c’est celle des enfants suisses, orphelins ou «illégitimes», misés comme du bétail, placés à 7 ans dans des fermes, maltraités et battus, corvéables à merci, maintenus de force dans une espèce d’esclavage toléré par tous. Ces conditions ignobles leur laisseront à tous des traces indélébiles.

Et n’allez pas croire qu’il faille remonter au Moyen Age: cette infamie a perduré jusque dans les années 1960. Ils demandent justice et réparation depuis longtemps (on se souvient notamment du combat acharné mené par Louisette Buchard), se heurtant à une indifférence quasi totale. Il est curieux que notre pays, à l’heure où le devoir de mémoire et la repentance historique sont de mode, où nous battons notre coulpe constamment avec une joie masochiste, résiste tellement à l’examen du traitement infligé jadis à certains de ses enfants. Cette vérité est-elle encore trop cruelle ou simplement trop coûteuse à accepter?

Au moment où les victimes tentent de se réunir dans une Fondation suisse pour l’orphelin, j’ai demandé, pour «Somme toute», au grand peintre Walter Mafli, orphelin placé lui-même, de revenir sur sa propre enfance volée. C’était dans les années 1920, mais il s’en souvient parfaitement. Comment pourrait-il l’oublier… On connaît le mot de Jules Renard «Tout le monde ne peut pas être orphelin». En Suisse, bien heureusement. Somme toute… 
 

16/01/2013

Le Grand, le Maigre et l’Enveloppé

C’était la veille de la finale du «Mondiale» 1990. En Italie, évidemment. A l’époque, il n’y avait que les Italiens pour oser marier un récital d’opéras et une compétition de foot. Bon, ce n’était pas un récital ordinaire, il réunissait dans les Thermes de Caracalla, devant un public immense, les trois plus grands ténors du moment, Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti.

Au grand dam de quelques pisse-froid, horrifiés que tels artistes, je cite, «se prêtent à cette mascarade télévisée en beuglant dans des micros et charcutent les grands airs du bel canto». Ce fut un triomphe mondial. Cette seule soirée fit plus pour la popularisation de l’Art lyrique que six cents ans d’émissions d’Eve Ruggiéri et de Jacques Chancel réunies. Nous parlerons demain de cet événement avec Eric Vigier, le directeur de l’Opéra de Lausanne, qui organisa lui-même par la suite un tel spectacle à Madrid pour l’anniversaire du roi Juan Carlos.

Parce que, évidemment, les trois compères récidivèrent, comprenant qu’abandonner ce concept, dont une partie des bénéfices allait à une fondation contre la leucémie chère à Carreras, serait un gaspillage stupide. Et ils chantèrent en 1994 à Los Angeles, en 1998 à Paris, en 2002 à Yokohama, à Vienne en 1999 avec des cantiques de Noël, puis un peu partout où on leur demandait (je crois qu’Il n’y a eu que pour le mariage de ma sœur qu’ils déclinèrent la proposition, prétextant que le stade de Plan-les-Ouates n’était pas aux normes UEFA).

Mais, il n’y a rien de honteux qu’une action caritative devienne une entreprise florissante, car, comme le dit si souvent Jean-Marc Richard, qui aime à citer l’abbé Pierre: «Il y a toujours du bien à faire le bien!» Somme toute…

«Somme toute…» Tous les dimanches, à 13 h

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