26/01/2013 10:03 | Lien permanent | Commentaires (0)

Putain de camion…

En cette fin d’après-midi du 19 juin 1986, quand un flash spécial annonça la mort de Coluche dans un stupide accident (mais y en a-t-il qui ne le soient pas…), l’émotion fut considérable. Et les hommages unanimes plurent immédiatement de toutes parts. C’était bien la preuve que Michel Colucci, l’ex-petite frappe de Montrouge, le comédien du Café de la Gare qui avait souvent le vin mauvais et le caractère irascible, le toxicomane dépressif, l’insupportable sapeur des valeurs républicaines, avait enfin accompli sa rédemption. Cela n’avait pas été sans mal. J’ai demandé à Thierry Meury, qui, par certains côtés, me fait penser à Coluche, mais qui n’a pas de moto, Dieu merci, et qui, lui, est toujours bon camarade, d’évoquer pour «Somme toute» ce tragique destin.
Pour évaluer la popularité d’un individu, deux paramètres sont indispensables: la notoriété et l’estime. La notoriété, c’est le pourcentage des gens qui vous connaissent spontanément, l’estime, c’est la place que vous tenez dans leur cœur.
Coluche avait dynamité l’humour audiovisuel. Tous les autres comiques étaient brusquement devenus démodés. Il avait ainsi atteint une notoriété inouïe, mais il divisait encore l’opinion: «Il est si vulgaire», disaient ses détracteurs, qui confondaient évidemment grossièreté et vulgarité.
Il fallut d’abord qu’il montre qu’il était capable de jouer des rôles tristes («Tchao pantin», qui lui valut un césar) et surtout qu’il ait l’idée géniale, peut-être soufflée par son producteur, des Restos du Cœur, pour enfin accéder au statut envié d’une Mère Teresa ou d’un abbé Pierre. Un clown doit toujours enlever son nez rouge pour prouver aux gens qu’il est un homme bien. Somme toute…●

 «Somme toute…» Tous les dimanches, à 13 h

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