19/01/2013 10:01 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’enfance volée

C’est le titre du plus gros succès du cinéma suisse en 2011. C’est aussi le titre d’une exposition itinérante, qu’on peut actuellement visiter au Musée cantonal de Saint-Gall, après son passage à Fribourg l’an dernier et en attendant sa prochaine arrivée à Genève. Cette enfance volée, c’est celle des enfants suisses, orphelins ou «illégitimes», misés comme du bétail, placés à 7 ans dans des fermes, maltraités et battus, corvéables à merci, maintenus de force dans une espèce d’esclavage toléré par tous. Ces conditions ignobles leur laisseront à tous des traces indélébiles.

Et n’allez pas croire qu’il faille remonter au Moyen Age: cette infamie a perduré jusque dans les années 1960. Ils demandent justice et réparation depuis longtemps (on se souvient notamment du combat acharné mené par Louisette Buchard), se heurtant à une indifférence quasi totale. Il est curieux que notre pays, à l’heure où le devoir de mémoire et la repentance historique sont de mode, où nous battons notre coulpe constamment avec une joie masochiste, résiste tellement à l’examen du traitement infligé jadis à certains de ses enfants. Cette vérité est-elle encore trop cruelle ou simplement trop coûteuse à accepter?

Au moment où les victimes tentent de se réunir dans une Fondation suisse pour l’orphelin, j’ai demandé, pour «Somme toute», au grand peintre Walter Mafli, orphelin placé lui-même, de revenir sur sa propre enfance volée. C’était dans les années 1920, mais il s’en souvient parfaitement. Comment pourrait-il l’oublier… On connaît le mot de Jules Renard «Tout le monde ne peut pas être orphelin». En Suisse, bien heureusement. Somme toute… 
 

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