22/12/2012 09:35 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

Des livres au kilo

Longtemps, la lecture fut un plaisir solitaire. Puis on inventa la télévision, et on cessa de lire. Plus exactement, on ne lut plus que les écrivains qui passaient chez Pivot. A force de les retrouver tous les vendredis, on finit par considérer qu’ils faisaient partie de la famille. Et on voulut les voir en vrai, leur parler, les toucher. Alors, on inventa les Salons du livre, pour permettre de les rencontrer, et surtout de se faire dédicacer leur dernier ouvrage. A Genève, le premier s’est ouvert en 1987 et connut un succès immédiat, comme nous le confirmera demain Pierre-Marcel Favre, son fondateur.
Chaque année, au printemps, c’est une fête incontournable. Pour les visiteurs, j’entends… Parce que, pour les écrivains, ce n’est pas toujours drôle. Parqués dans des boxes souvent minuscules, une pile de leur déchirante autobiographie ou de leurs souvenirs de Mongolie devant eux, le stylo prêt à être dégoupillé, certains attendent des heures l’hypothétique chaland, le regard haineux fixé sur l’interminable file d’attente du stand d’à côté, où l’on a annoncé l’arrivée prochaine de la bimbo venue signer ses Mémoires, dans lesquels elle raconte en détail comment elle a fait l’amour avec Jean-Edouard dans la piscine du «Loft». Mais il y a pire, croyez-moi, je suis passé par là: j’avais commis un roman qu’en toute objectivité je trouvais génial mais qui ne rencontrait bizarrement pas l’accueil délirant qu’il méritait. Quand, miracle, un quidam s’approcha. Je le reconnus vaguement. Un copain de collège. Nous bavardâmes un moment, il saisit un de mes bouquins, le feuilleta soigneusement, puis le reposa négligemment, et repartit en me disant: «A la prochaine!» Je compris alors brusquement que je n’étais pas San-Antonio. Ni même Loana. Somme toute…

 

«Somme toute…» Tous les dimanches, à 13 h

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