06/10/2012 11:09 Publié dans La coulée douce | Lien permanent | Commentaires (0)

Le beau matin de Madiba

Oui, ce fut sans doute une belle matinée que ce 11 février 1990 pour Madiba, plus connu en Occident sous le nom de Nelson Mandela, car c’est ce jour-là qu’il sut qu’il avait enfin gagné son combat. Il allait être libéré après vingt-sept ans de détention, et la monstrueuse digue de l’apartheid serait emportée quelques mois plus tard.
 
Pour évoquer ce haut moment d’histoire, j’ai demandé à Jacques Moreillon, ancien directeur général du CICR, qui visita six fois en tant que chef de délégation Mandela dans sa cellule de Robben Island, de fouiller dans ses souvenirs. Il nous décrit un être exceptionnel, indomptable, convaincu de l’absolue justesse de ses idées, mais surtout, ce qui est incomparablement plus rare chez l’Homme en général et le prisonnier politique en particulier, totalement dénué de haine à l’égard de quiconque. Selon Jacques Moreillon, c’est sans doute cette qualité unique qui a permis la mutation de l’Afrique du Sud, non sans problèmes ni chaos certes, mais finalement sans un immense bain de sang.
 
Quelques jours après cette libération, l’envoyé spécial de la TSR rendait compte de l’ambiance en Afrique du Sud. Il avait eu l’idée audacieuse, sinon totalement originale, de présenter son sujet dans la rue au milieu d’une multitude en liesse. Hélas, la joie d’une foule est souvent bruyante, on le sait, et le malheureux journaliste fut très vite excédé de ne pouvoir faire son métier correctement. Nous pûmes alors le voir se retourner brusquement et hurler «shut up!» à la face de milliers de Noirs hilares. Cette séquence fit par la suite la joie d’innombrables bêtisiers, mais, au-delà de la sottise grotesque, elle est peut-être la parfaite illustration de l’enterrement définitif de la prétendue supériorité de la race blanche. Somme toute…
 
«Somme toute…»
Tous les dimanches, à 13 h

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