22/09/2012

L’avenir appartient aux Pic de La Mirandole

Demain, à cause des votations fédérales, il n’y aura pas d’émission «Somme toute...». Et ça tombe drôlement bien, parce que je devais recevoir Jacques Attali, mais il m’a posé un lapin.

Malgré cela, j’adore Jacques Attali. C’est un esprit supérieur qui sait énormément de choses, surtout celle-là. Aussi, quand j’appris que, dans le cadre du Festival de Saint-Prex, il allait diriger le Sinfonietta, vous pensez si je me suis précipité. A l’entracte, après l’ouverture des «Noces» et l’exécution d’un concerto de Bach, je vous avouerai que je me sentis perplexe. Et l’entretien avec Darius Rochebin dont il nous gratifia alors n’arrangea rien. Avec une étonnante modestie, il tint à préciser d’emblée que, s’il adorait la musique (sa mère l’ayant assis sur un tabouret de piano à 5 ans), il ne se sentait pas vraiment chef d’orchestre. Précaution sans doute inutile, à la première mesure, chacun ayant remarqué que sa battue était légèrement différente de celle du regretté Furtwängler. S’il se prêtait à cette épreuve, c’est qu’on lui en avait fait la proposition et que, dans ce monde de spécialisation outrancière, pour lui, la Vie se devait d’être multiple, son plus grand intérêt étant de saisir toutes les occasions d’explorer de nouveaux champs, quitte à trembler de peur, comme ce soir-là.

Je ne peux qu’applaudir à ce discours. Résistons à ceux qui veulent nous mettre dans des cases. Boris Vian le disait déjà: «L’avenir appartient aux Pic de La Mirandole.»

La seule frontière qui risque de demeurer à jamais infranchissable aux esprits universels est sans doute la pratique ou le coup de main. Le gastronome n’est pas forcément cuisinier, l’hypocondriaque, médecin urgentiste, et le mélomane, chef d’orchestre. Somme toute…

«Somme toute…»
Tous les dimanches, à 13 h.

15/09/2012

Les faussaires de la route

Le 27 juillet 2003, Lance Armstrong remportait son cinquième Tour de France. Il rejoignait ainsi dans la légende Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. A mon avis, ce fut une splendide édition. Mais, comme c’est la seule que j’ai eu le bonheur de suivre sur place de bout en bout, je manque peut-être d’objectivité. D’abord, il avait fait beau et chaud, très chaud. Pourtant, la canicule qui avait décimé les maisons de retraite n’avait pas gêné les virtuoses de la pédale. Sauf peut-être un des outsiders, un nommé Joseba Beloki, qui, dans la descente sur Gap, glissa sur du goudron fondu, se cassa le col du fémur et, pire, faillit entraîner le dieu Armstrong dans sa chute. La bataille fut rude, les exploits nombreux, et le classement final prestigieux: 1er Armstrong, 2e Ullrich, 3e Vinokourov et, pour le maillot du meilleur grimpeur, Richard Virenque.
Surtout, comme l’affirmèrent fièrement les organisateurs (comme ils le font d’ailleurs religieusement chaque année), le Tour était parvenu à éradiquer le dopage, seuls deux obscurs, deux sans-grade s’étant fait attraper par la patrouille.
Evidemment, aujourd’hui, où l’on a enfin réussi à faire basculer la statue Armstrong de son socle, cette déclaration prête à sourire.
L’agaçant, et j’en parlerai demain avec Pierre Mercier, l’homme qui a suivi vingt Grandes Boucles pour la RSR, c’est qu’il ait fallu attendre neuf ans pour le faire et que les journalistes spécialisés soient toujours complices de cet enfumage moralisateur glorifiant les sportifs carburant soi-disant à l’eau claire.
C’est à regretter les tours de légende, ceux où le dopage n’existait pas. Pardon, où les contrôles antidopage n’existaient pas. Somme toute…

08/09/2012

Et le drapeau noir flotta sur la marmite

Des révolutions, dans ma chienne de vie, j’en ai connu quelques-unes… Ce n’est pas pour me vanter, j’ai d’abord fait Mai 68, excusez du peu… Bon, c’était à Genève, mais la manif devant le consulat de France aux cris de «Libérez nos camarades!» à laquelle j’ai participé activement, n’a pas été sans influence sur la décision du départ de De Gaulle pour Baden-Baden. Après, il y eut le Printemps de Prague, malencontreusement écrasé par l’Armée rouge, juste avant que je puisse rejoindre les insurgés. Puis il y eut la Révolution des œillets, qui recueillit toute ma sympathie. Etc. etc… j’en passe et des meilleures, la liste serait trop longue. La seule que j’ai vraiment loupée, c’est Lôzane bouge, question d’âge sans doute, et puis il fallait bien laisser une parcelle de gloire à Jean-Marc Richard.

Mais, sans conteste, la révolution qui m’a le plus profondément marqué fut déclenchée un beau jour du Printemps de 1973 par Henri Gault et Christian Millau. C’est celle de la «nouvelle cuisine». Elle changea radicalement ma façon de me nourrir. Un tsunami total… Puisque nous sommes à quelques encablures d’une nouvelle Semaine du goût, j’ai demandé à celui qui en est le parrain, Gérard Rabaey, si Gault et Millau avaient aussi bouleversé sa vie. Ce cuisinier somptueux qu’il fut et qu’il reste l’a reconnu sans peine, même s’il précise que, comme M. Jourdain avec la prose, il en faisait déjà un peu avant sans le savoir.

Hélas, hélas, hélas, comme disait le Général susnommé, l’effet de toute révolution s’estompe avec le temps… Je me surprends à refaire des béchamels et, en mangeant aujourd’hui chez Bocuse, on a la curieuse impression de visiter le Musée Grévin. Somme toute…

«Somme toute…», Tous les dimanches, à 13 h.

01/09/2012

La Pomme avec les tours

C’est sans doute le jour de l’ère moderne où le plus de délits restèrent impunis. Je ne parle évidemment pas des attentats proprement dits, dont le commanditaire fut finalement châtié, après les innombrables péripéties que l’on sait, mais de tous les autres, sans doute infiniment moins graves, mais beaucoup plus nombreux. En effet, tout enquêteur, demandant à un suspect: «Que faisiez-vous l’après-midi du 11 septembre 2001?» s’est entendu répondre: «Je regardais la télévision, et à 14 h 46 (8 h 46, heure locale), j’ai vu la première tour s’écrouler, suivie, 17 minutes plus tard, de sa jumelle.» Que des alibis parfaits. A décourager tout expert, fût-il de Miami ou même de New York.

 

C’est la même question que je poserai demain dans «Somme toute» à Raymond Loretan, qui était ce jour-là en poste à Singapour, mais qui prit ses fonctions d’ambassadeur à New York, un an tout juste après les attentats. Il nous racontera son arrivée dans la métropole américaine encore totalement traumatisée et notamment, sa participation à la cérémonie commémorative du 1er anniversaire des attentats.

 

Et vous, que faisiez-vous le 11 septembre 2001 et quel fut votre premier sentiment? Mon très vieil ami Elie habite depuis plus de soixante ans New York, à l’angle de la Troisième Avenue et de la 25e Rue. A sa naissance, un rabbin, lisant les lignes de sa main, annonça à sa mère qu’il serait immortel. Il traversa donc indemne toutes les tragédies du XXe siècle. «Mais, ce jour-là, me dit-il, voyant la fumée envahir le ciel et entendant les innombrables sirènes, j’ai bien cru que le rabbin s’était trompé.»

 

Ce n’était qu’une grosse, mais, finalement, fausse alerte. Le mois prochain, Elie fêtera en pleine forme son 102e anniversaire.

Pour l’instant et malgré tout, le rabbin a toujours raison. Somme toute…

«Somme toute...», tous les dimanches dès le 2 septembre à 13 h.

All the posts